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Soudan, 1993, la famine sévit

soudan-1993-james-natchwey

photo: James Nachtwey

Le retour de la famine au Soudan : 500.000 morts pour rien ?

par Vincent Leclercq

(1er février 1991)

Dans l’indifférence quasi-générale, le Soudan, le pays le plus vaste d’Afrique, devrait connaître cette année une nouvelle famine. Cibles privilégiées : les régions touchées par la guerre civile. Bien plus que le climat, c’est l’homme qui est responsable de ce génocide programmé dans un pays aux potentialités agricoles immenses.

Peu avant Noël, la nouvelle est passée presque inaperçue sur les télécopieurs des agences de presse : la FAO, l’organisation des Nations-Unies pour l’agriculture, annonçait une terrible famine au Soudan en 1991. Quelques jours plus tard, le Mozambique, l’Angola, le Libéria, l’Ethiopie et l’Ouganda renouvelait leurs appels à l’aide. Un peu partout, les caprices du climat sont mis en avant pour justifier de nouvelles demandes.Autant d’accidents climatiques bien réels qui masquent cependant une réalité occultée : la carte des famines recouvre presque exactement celle des guerres civiles.


photo: (inconnu)


photo: Filipe Moreira

Un conflit nord/sud séculaire

Pourtant, personne n’ignore le lourd tribut déjà payé par le peuple soudanais : 500.000 morts de faim depuis 1984. “Les donateurs se lassent car on ne sait plus comment enrayer la terrible spirale de la violence”, confie un diplomate en poste à Khartoum. “Si vous voulez démêler les fils du drame soudanais, il ne faut jamais oublier que ce pays se trouve à la croisée de l’Afrique noire et du monde arabo-islamique”, souligne Marc Lavergne, coordinateur d’un excellent livre sur “Le Soudan contemporain”.

L’antagonisme entre le nord et le sud du pays remonte à l’occupation égyptienne au siècle dernier. “Les gens du Sud n’ont jamais oublié qu’à cette époque, les musulmans soudanais, même très métissés, étaient considérés comme des “arabes”, auxiliaires du pouvoir égyptien. En revanche, les “nègres” du Sud n’étaient que des esclaves”, rappelle Pierre Prunier, chercheur au CNRS. A l’indépendance, en 1956, les députés “nordistes” promettent aux “sudistes” une fédération… qui ne verra jamais le jour. Il faudra dix ans de guérilla pour qu’en 1972 la paix soit enfin signée et le fédéralisme reconnu. Mais tout restait à faire car le Sud -20% de la population- était exsangue.

Tant bien que mal, l’aide internationale suppléa au manque de bonne volonté de Khartoum. Rancoeurs économiques et montée de l’intégrisme replongèrent le sud dans la guérilla en 1983.Le 30 juin 1989, c’est à nouveau une junte militaire qui prend en mains les destinées du Soudan avec l’appui des Frères musulmans. Ce mouvement confessionnel, adepte d’un nationalisme virulent et grand apôtre du fondamentalisme pur et dur, règne sans partage sur l’armée et l’Etat. Leur credo est des plus simples : “une seule langue, l’arabe ; une seule religion, l’Islam”. Dans le sud, les combats s’intensifient depuis décembre dernier mais aucun des belligérants ne paraît en mesure de l’emporter.


photo: (inconnu)


photo: (inconnu)

Un régime isolé

Personne ne semble aujourd’hui prêt à venir en aide au Soudan. Et pour cause : la position pro-irakienne de Khartoum lui a fait perdre le soutien de Ryad et des monarchies pétrolières du Golfe. Même la Libye a suspendu en partie son aide militaire… Côté occidental, le Soudan ne fait plus recette. Le FMI a déclaré le pays “non coopératif” et la CEE l’a exclu de la Convention de Lomé pour ses atteintes répétées envers les droits de l’homme. Inutile d’attendre des secours massifs de Washington, un des financeurs de l’opération “Lifeline Sudan” en 1989 (voir encadré) : Khartoum a choisi le camp de Saddam Hussein.

Pour noircir un peu plus le tableau, la production agricole a été notoirement insuffisante l’année dernière. Sécheresse ou pluies tardives dans certaines régions, absence de semences au bon moment, abandon des champs pour cause d’insécurité, autant de signes avant-coureurs d’une famine pour cette année. Dans une société rurale en pleine décomposition, le moindre aléa climatique se transforme en catastrophe.Pourtant, le pire aurait pu être évité. Le Soudan est tout sauf un pays agricole pauvre. Il dispose même d’un fantastique potentiel agricole : 32 millions d’hectares de terres susceptibles d’être cultivées, 80 millions d’hectares de pâturages, de l’eau en quantité grâce au Nil Bleu et au Nil Blanc, une grande diversité climatique…


photo: James Nachtwey

Au lendemain du premier choc pétrolier, les émirats arabes ont d’ailleurs rêvé un moment d’en faire le “grenier du Moyen-Orient”, à grands renforts de pétrodollars. Mais, là encore, le Sud fût écarté de cette manne. Pire, la construction du canal de Jongleï -interrompu par la reprise de la guerre – devait permettre d’irriguer le Nord du pays et l’Egypte… avec l’eau du Sud.Le représentant de la FAO au Soudan n’a pas caché aux journalistes qu'”il avait mis en garde le gouvernement soudanais il y a deux ans lorsque le pays avait engrangé une excellente récolte céréalière. Il fallait stocker pour se prémunir contre des accidents climatiques”.

Mais, guerre civile oblige, Khartoum avait alors un besoin pressant de devises pour acheter des armes et exporta une grande partie de l’excédent, notamment vers l’Irak. A la même époque, la CEE a importé du sorgho soudanais pour… l’alimentation animale. Il avait tout simplement profité des faibles droits d’importation octroyés aux pays membres de la Convention de Lomé


photo: Filipe Moreira

Une famine officiellement inexistante

Les autorités de Khartoum refusent pourtant de reconnaître l’ampleur du désastre. Il a fallu trois mois aux Nations-Unies pour convaincre le gouvernement de participer à une évaluation de la situation alimentaire. Fin décembre, les chiffres tombent enfin : un million de tonnes d’aide alimentaire nécessaire et six millions de personnes directement touchées par la famine. Pourtant, officiellement, le Conseil de la révolution n’a toujours pas fait appel à l’aide internationale.Peut-être, est-il d’ailleurs déjà trop tard.

Pour Jean-François Dussaud, coordinateur de la mission Soudan de l’ONG française AICF, “la vétusté des routes, des voies ferrées et des ports rend impossible l’acheminement de l’aide alimentaire vers certaines populations. Pour acheminer 1,2 million de tonnes, il faudrait qu’un camion sorte du port… toutes les sept minutes”. Sur le terrain, rien n’est fait pour faciliter le travail des organisations humanitaires : interdiction de se rendre dans de nombreuses zones, confiscation des appareils de liaison radio, quotas arbitraires d’essence, racket de l’armée soudanaise…


photo: Kevin Carter

Autant d’indices qui font craindre le pire. Pour la junte de Khartoum, “Dieu reconnaîtra les siens”. Un fatalisme cynique qui renvoie en écho le terrible “Si je vais en enfer, le peuple ira avec moi” du Président somalien Barre.Dernier espoir, les récoltes prévues pour avril permettront peut-être de limiter les dégâts… En tout état de cause, il n’y aura pas d’issue au drame soudanais sans une véritable reconnaissance politique et économique des gens du Sud. C’est la seule certitude des milieux diplomatiques qui ne voient cependant, aujourd’hui, aucun signe avant-coureur d’une telle évolution.


photo: (inconnu)

source: syfia.info

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3 responses

  1. Aidons ses gens as ne pas mourir de faim
    Faite un don a la croix-rouge

    30 January 2010 at 13:39

  2. coline

    que dire?honte de vivre dans le même monde…et de voir tant d’inégalité.je ressens de la pure honte en voyant ces images.

    22 February 2013 at 08:35

  3. Je suis tout simplement choquée , désemparée ,bouleversée et surtout révoltée par ces images qui montre de pauvres enfants quasiment squelettiques qui n ont finalement aucune enfance insouciante et heureuse comme cela devrait être le cas…

    10 October 2013 at 16:25

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