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Protestation et auto-immolation

photo: (inconnu)

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Heo Se-uk, un Sud-Coréen célibataire de 54 ans, chauffeur de taxi pendant 16 ans et membre d’un syndicat, s’est immolé le 1er avril 2007 à Séoul afin de protester contre l’Accord de libre-échange signé entre les États-Unis et la Corée du Sud. Il a survécu deux semaines à des brûlures au troisième degré (qui couvraient 63% de son corps) avant de décéder d’une infection le 15 avril suivant.

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photo: (inconnu)

Comme forme de protestation, l’auto-immolation n’est pas seulement ancienne, mais d’actualité et toujours dramatique (on pense à Mohamed Bouazizi, en Tunisie, qui s’est immolé le 17 décembre dernier et est décédé le 4 janvier des suites de ses blessures). Le plus vieux cas d’auto-immolation recensé date de 1936.

Pour la période de 1963 à 2002, l’année 1990 a été la pire alors que 227 personnes se sont immolées. Il faut noter que de ce nombre, 223 étaient originaires de l’Inde et que leur geste de protestation concernait l’inéquité exercée envers les castes basses.

Durant la même période, l’Inde a connu le plus grand nombre de gens immolés (47.8% du total), suivie du Vietnam (17.3%), de la Corée du Sud (8.1%) et des États-Unis (5.4%). D’autres pays et peuples se partagent les 114 autres cas sur un total de 533.

sources:
aa-1177.blogspot.com english.hani.co.kr (site internet du journal sud-coréen The Hankyoreh dont la mission journalistique est de représenter les points-de-vue du peuple autant que de défendre la liberté de la presse)

“Making Sense of Suicide Missions”, ed. Diego Gambetta, Oxford University Press, 2005 (données de Michael Biggs)

Wikipédia

sur le même sujet, sur citizen zoo: Le désespoir d’un immigré

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Les médias du monde arabe font état presque chaque jour de nouvelles tentatives d’immolation par le feu, illustration du désespoir que ressentent nombre de citoyens d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

Karim Prakzad, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques de Paris, relève qu’on n’a jamais vu une telle vague de tentatives de suicide dans le monde arabe: «Les moines bouddhistes s’immolaient par le feu pendant la guerre du Vietnam. On a aussi vu beaucoup de femmes faire la même chose en Afghanistan. Mais rien de tel dans les pays arabes.»

L’interdit absolu qui frappe le suicide dans l’islam renforce encore la symbolique des tentatives des dernières semaines, note M. Prakzad, qui lie directement ces actes à la révolution tunisienne. Il insiste cependant sur le fait qu’il est impossible de savoir exactement ce qui se passait dans la tête des personnes concernées.


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«Les événements là-bas ont révélé les souffrances d’une grande partie de la population des autres pays arabes en raison de l’exclusion économique, politique et sociale», souligne M. Prakzad.

Dans le quotidien algérien El Watan, une psychologue, Nacéra Sadou, souligne que l’immolation par le feu doit être vue comme une tentative «de se réapproprier le droit d’apparaître, une façon d’exister, de dire «je suis là»» dans une société muselée. L’autodestruction devient la seule manière de «s’exprimer puisque l’accès à la parole est impossible», dit-elle.

Dans la même veine, le président du mouvement citoyen tunisien Byrsa, Selim Ben Hassen, a expliqué que l’immolation constitue un désaveu ultime du gouvernement: «La personne qui se suicide dit qu’elle ne croit même plus à la capacité des dirigeants de l’aider.»

Un désaveu extrêmement puissant politiquement et difficile à contrer, au dire de Rodger Baker, du centre de recherche privé américain Stratfor. «L’immolation renvoie intrinsèquement à l’idée du martyre. Elle signifie que l’on est prêt à s’infliger de grandes douleurs pour les autres ou pour la cause», souligne-t-il.


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Dans un long article publié par Foreign Policy, un chercheur américain rattaché à l’Université de l’Alabama, Adam Lankford, dit qu’il ne faut pas prêter trop rapidement d’intentions politiques précises aux personnes qui ont tenté de s’immoler. Plusieurs d’entre elles, souligne-t-il, n’ont laissé aucun document ou message pour préciser le sens de leur geste. Or, ils l’auraient certainement fait s’ils avaient visé à organiser sciemment une «protestation politique».

Bien que ces actes puissent revêtir après coup une portée symbolique importante, ils peuvent être d’abord et avant tout le reflet de prédispositions suicidaires, selon lui.

Les liens entre politique et suicide demeurent quand même significatifs, dit-il. «Un gouvernement est au moins partiellement responsable de la santé psychologique de sa population. Quand les citoyens perdent foi dans leurs dirigeants, dans le caractère juste et équitable du système, dans leur capacité de surmonter l’adversité, ils perdent espoir, et le désespoir est l’une des causes de suicide les plus fréquentes.»

adapté de: Marc Thibodeau / La Presse

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