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Inédit de Marie Cardinal


photo: Annika Parance Éditeur
photo de couverture du livre: Robert Doisneau

“Moi, aiguille à tricoter qui s’enfonce dans le noir pour percer ma propre tête, pour piquer ma vie à mort. Peut-être que je peux ou veux m’empêcher d’écrire, m’empêcher d’être libre. Peut-être que je me sens indigne d’exister.”

Marie Cardinal

Marie Cardinal rêvait d’échapper à sa famille. Pourtant, dans la maison de ses parents à Alger où elle est née, il y avait des tonnes de livres et des écrivains de passage comme André Gide et Antoine de Saint-Exupéry. Mais le mal de vivre et la souffrance morale de la petite fille, qui deviendra une vedette littéraire avec Les mots pour le dire, était puissante et palpable.

Car la folie la guettait, comme en témoigne L’inédit paru ce mois-ci sous la forme d’un amalgame de récits et de carnets intimes colligés par ses filles Alice et Bénédicte. En couverture, une magnifique photo de Marie Cardinal prise en 1963 par le grand Robert Doisneau et publiée à la une du Marie-Claire. Et à l’intérieur, le délire structuré d’une femme qui se déteste comme toutes les femmes se détestent un jour, mais en plus fort, en plus incisif, en plus violemment honnête.

Cette femme a beau être une égérie de la littérature féministe, avoir vendu des millions de livres, elle note: «Dès qu’il s’agit de mes rapports à l’Écriture, c’est le constatquotidien de ma médiocrité».

À travers la spirale noire de son autodestruction, Cardinal écrit: «Moi, aiguille à tricoter qui s’enfonce dans le noir pour percer ma propre tête, pour piquer ma vie à mort. Peut-être que je peux ou veux m’empêcher d’écrire, m’empêcher d’être libre. Peut-être que je me sens indigne d’exister.»

Dans ce petit livre qui, à la fin, nous rappelle l’incroyable vie et carrière de Marie Cardinal, sa prose magnifique explose à chaque page et nous fait plonger dans la douleur de cette femme qui est aussi la douleur de toutes les femmes.

Marie Cardinal est morte, aphasique, en 2001. Son regard sur le monde fait de lucidité brutale et dépourvu de toute complaisance nous manque.

texte adapté d’un article de  Nathalie Petrowski paru sur lapresse.ca

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