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Amélie Nothomb / Amélie-san – 1ère partie


photo: Franck Fife

Depuis la parution en septembre 1992 d’ Hygiène de l’assassin , il n’y a pas de rentrée littéraire sans un roman d’Amélie Nothomb. Le Fait du prince est le 17e à paraître pour ce rendez-vous d’automne (2008). Droite, courtoise, dotée d’une diction et d’une clarté sidérantes, l’écrivain nous a accordé une interview.

propos recueillis par Marie-Françoise Leclère
adapté de l’article paru sur lepoint.fr

Le Point : On sait que vous écrivez énormément…
Amélie Nothomb : Je vais vous donner tous les chiffres : Le Fait du prince est le 61e de mes livres et le 63e est en train. J’écris 3,7 romans par an, les uns à la suite des autres. En décembre, je relis tout ce que j’ai écrit dans l’année et je choisis ce qui sera publié l’année suivante, toujours parmi les récents. Je ne retourne jamais dans ce que j’appelle les vieilleries.

Le Point : Cela nous vaudra-t-il un jour une déferlante de textes inédits ?
A. N. : Je ne vais pas cesser d’écrire et mourir tout de suite n’est pas dans mes projets, mais j’ai déjà pris toutes les mesures, y compris testamentaires, pour que mes inédits ne soient jamais publiés. Il n’est pas exclu qu’au moment de ma mort, j’aie complètement sombré dans l’oubli, ce qui réglerait la question, mais comme on ne peut pas tout à fait écarter la possibilité que quelques tordus se souviennent de moi, je me suis prémunie. Je suis absolument pour la souveraineté des volontés de l’auteur dans ce cas-là. Même s’il se trompe.


source: premiere.fr

Le Point : Qu’est-ce qui vous détermine au moment du choix ?
A. N. : Ni une humeur ni un état d’âme, plutôt une vision d’ensemble. Je choisis en fonction de tous mes livres antérieurs, avec l’envie d’atteindre de nouvelles frontières. C’est territorial, un peu comme Napoléon qui prendrait une carte du monde et se demanderait quel pays il va conquérir l’année suivante.

Le Point : Vous parlez en stratège…
A. N. : Certainement. Je dis conquête. Mais en ce qui concerne le public, la comparaison ne tient pas. Ce serait trop beau ou trop laid si l’on pouvait savoir à l’avance ce qui va plaire et à qui. La publication est une conquête en forme de questionnement : qui vais-je conquérir avec ça ?

Le Point : Vous avez quand même un public de convertis…
A. N. : Oui, mais rien n’est jamais acquis. De plus, même les plus fidèles d’entre eux peuvent ne pas aimer tel ou tel de mes livres. Le contraire serait malsain. Et puis, les nouveaux lecteurs m’intéressent.

Le Point : Beaucoup de jeunes, dit-on.
A. N. : Pas exclusivement. Mais on remarque plus les jeunes, ne serait-ce que parce qu’il est dans leur nature de se faire remarquer.


Amélie-san au Japon

capture d’image du documentaire “Une vie entre deux eaux” (présenté sur RTBF)

Le Point : On dit aussi que vous tissez avec ces lecteurs des liens assez étroits. Répondez-vous aux lettres qu’ils vous adressent ?
A. N. : Évidemment pas aux lettres obscènes, stupides ou aux lettres d’insultes. Mais j’en reçois de si belles, de si riches qu’il serait au-dessus de mes forces de ne pas y répondre. Cela dit, c’est franchement une folie de consacrer cinq heures par jour au courrier des lecteurs. J’espère qu’un jour j’atteindrai la santé mentale qui me permettra de m’en passer. Sans parler des mésaventures que ce comportement peut occasionner ! Car on ne peut pas deviner quelle réaction vont engendrer des propos au départ charmants et extrêmement cordiaux. On approche parfois du Misery de Stephen King, cette histoire d’écrivain séquestré.

Le Point : Une fois choisi en décembre le manuscrit que vous remettrez à votre éditeur en mars suivant, le retravaillez-vous beaucoup ?
A. N. : Non. Je travaille énormément au moment de l’écriture, mais quand l’accouchement est fini et que je suis enceinte du livre suivant, c’est-à-dire dès le lendemain, je considère qu’il est trop tard. Si je n’ai pas réussi à investir dans un livre tout l’amour et tout le soin nécessaires lorsque je l’écrivais, c’est que ça n’en valait pas la peine. Je ne crois pas beaucoup aux corrections ultérieures. Bien sûr, il y a toujours de petites bagarres avec mon éditeur à propos de tel ou tel détail, mais ça devient de la diplomatie, de la politique.


photo: Lolavi

Le Point : Décrivez-moi une de vos journées…
A. N. : Je crains d’être désespérante parce que mon rituel ne change pas. C’est vraiment devenu un rythme biologique ! Je me réveille tous les jours à 4 heures du matin et, même si je suis fatiguée, la machine fonctionne : je me mets à écrire, toujours sur des cahiers à spirale et à petits carreaux en papier recyclé, toujours avec des Bic cristal encre bleue. J’enchaîne avec le courrier et, en saison, avec les interviews. Pour le reste, j’ai une vie amoureuse importante, des amis, je fais les courses, la vaisselle, la lessive et, quand je me couche à minuit, je suis claquée. Mes nuits sont si courtes que je n’ai même plus le temps d’être insomniaque et que je rêve parfois d’orgie de sommeil. Mais je ne peux pas ne pas écrire.

n.b.: toutes les photographies ont été ajoutées à l’article original par citizen zoo

suite de l’entrevue dans Amélie Nothomb / Amélie-san – 2ème partie… 

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