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Amélie Nothomb / Amélie-san – 4ème et dernière partie


photo: Marianne Rosenstiehl

Depuis la parution en septembre 1992 d’ Hygiène de l’assassin , il n’y a pas de rentrée littéraire sans un roman d’Amélie Nothomb. Le Fait du prince est le 17e à paraître pour ce rendez-vous d’automne (2008). Droite, courtoise, dotée d’une diction et d’une clarté sidérantes, l’écrivain nous a accordé une interview.

propos recueillis par Marie-Françoise Leclère
adapté de l’article paru sur lepoint.fr

… suite et fin de Amélie Nothomb / Amélie-san – 3ème partie (publiée hier)

Le Point : Et le noir ?
A. N. : C’est la seule couleur que je porte. Mais il s’agit d’une facilité, pas d’une philosophie particulière.

Le Point : Comment trouvez-vous vos impeccables titres ?
A. N. : Hygiène de l’assassin , mon manifeste littéraire, mon premier roman paru et le onzième que j’écrivais, a commencé par le titre. Je me suis dit que je devais écrire un livre qui s’appellerait Hygiène de l’assassin ; à moi de me débrouiller. C’est la seule fois. Pour les autres, je procède comme les mamans esquimaux. Je ne sais pas de quoi je tombe enceinte, je fais mon travail et quand le bébé naît, je lui donne un nom en fonction de la tête qu’il a.

Le Point : Dans Le Fait du prince , votre héros se jette dans des orgies de sommeil et de champagne. S’agit-il de fantasmes personnels ?
A. N. : Absolument. Je rêve de dormir et je suis une buveuse de champagne. Mais attention, je ne veux que le meilleur et dans la meilleure compagnie. L’idéal, c’est d’avoir très faim et, même si cela choque les puristes, que le champagne soit très, très froid. On obtient alors un résultat somptueux.


photo: Manuel Lagos Cid

Le Point : Y a-t-il d’autres éléments autobiographiques dans ce livre ?
A. N. : Cette pathologie qui, dans l’enfance, m’empêchait de garder un secret et m’a fait devenir, à l’inverse, une championne olympique du secret. Le dégoût des musées dont je sors à peine. La manie d’inventer des notations musicales…

Le Point : Vous écoutez beaucoup de musique ?
A. N. : Depuis mon premier choc, la Rhapsodie hongroise de Liszt, entendue à trois ans, énormément, dans tous les genres et, encore un goût enfantin, toujours en boucle. Ce qui est terrible pour mon entourage qui, lui, est adulte. Je suis quelqu’un qui ne se lasse pas. Par exemple, si je commence avec le chocolat, je peux en manger jusqu’à la fin des temps. Je ne sais pas ce que signifie le mot “écoeurée”.

Le Point : La jaquette de votre livre est une reproduction d’un portrait de vous signé Pierre et Gilles…
A. N. : C’est une idée folle et mégalomane que j’ai eue après avoir vu l’exposition du début de l’année au Jeu de Paume. À ces artistes immenses, j’ai eu le front de demander et ils ont consenti. Je dois dire que le résultat me comble : le teint pâle, le sang, l’air de sainte d’un temps nouveau, c’est mieux que moi, mais je me reconnais en elle.


source: librairiephilanthropique.wordpress.com

Le Point : Un peu gothique sur les bords…
A. N. : Pourquoi pas ? Il n’y a pas d’incompatibilité. Je ne savais même pas que les gothiques existaient quand ils ont décrété que j’en étais une. Sans doute à cause des vêtements noirs, de certaines références littéraires, de l’absence de peur de la mort. Mais revenons à Pierre et Gilles : ils m’ont octroyé un autre bonheur, celui de titrer ce tableau de 1 m x 1 m qu’il leur appartiendra de montrer ou non. J’ai appelé cette oeuvre Bloody Amélie . Reste à savoir à quel cocktail ignoble cela correspondra.

Le Point : Souffrez-vous des mauvaises critiques ?
A. N. : Pas tellement. D’abord parce que j’avais d’emblée compris qu’il y en aurait. Ensuite, parce que je compare aux propos d’une de mes grand-mères qui était d’une méchanceté célèbre. À mon arrivée en Belgique, à 17 ans, j’étais complexée et mal dans ma peau. Lorsqu’elle m’a vue, elle m’a dit : “Eh bien, ma petite, j’espère que tu es intelligente, parce que tu es tellement laide !” Le traumatisme a été épouvantable. Mais le bon côté de l’affaire, c’est qu’une critique dégueulasse – et j’en ai eu quelques-unes – m’apparaît comme de la gnognotte à côté de ma grand-mère… “Ce qui ne me tue pas me rend plus forte.” C’est exactement ça. Donc, merci à ma grand-mère !

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Pour la petite histoire, Amélie Nothomb est née le 13 août 1967 à Kobé (Japon).
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signature d’Amélie Nothomb

photo: Gind2005

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Liste des romans
(tous parus chez Albin Michel)

Hygiène de l’assassin 1992
Le Sabotage amoureux 1993
Les Catilinaires 1995
Péplum 1996
Attentat 1997
Mercure 1998
Stupeur et tremblements 1999
Métaphysique des tubes 2000
Cosmétique de l’ennemi 2001
Robert des noms propres 2002
Antéchrista 2003
Biographie de la faim 2004
Acide sulfurique 2005
Journal d’Hirondelle 2006
Ni d’Ève ni d’Adam 2007
Le fait du prince 2008
Le Voyage d’hiver 2009.
Une forme de vie 2010.
Tuer le père 2011
Barbe bleue 2012

source: Wikipédia

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