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La Presse

a posteriori … Qui gagne perd…


Maryse Deraîche

photo: Paul-André Larocque

par Maryse Deraîche

L’obésité est le nouveau sujet à la mode. Nous sommes saturés d’émissions de perte de poids extrême, de conseils nutritionnels ou encore de dvd d’exercices réalisés par la toute dernière vedette « has been ».

De nos jours, si nous ne mangeons pas six portions de fruits et de légumes quotidiennement, si nous ne faisons pas trente minutes d’exercice soutenu ou si nous avons le malheur de fumer, nous méritons nos malheurs! Les polémistes radiophoniques s’en donnent à cœur joie en pointant du doigt et en jugeant un problème complexe en l’attribuant à une seule cause : les mauvais comportements individuels.

À tout ceci je réponds « fuck you »! On dit qu’il ne faut jamais juger avant d’avoir marché un mille dans les souliers d’un autre. Je reprends ces sages paroles en vous disant : si vous n’avez jamais été obèse ou proche d’une personne obèse, gardez vos petites réflexions insipides pour vous!


photo: Paul-André Larocque

Je me nomme Mariz, j’ai 31 ans, je mesure 5 pieds et 8 pouces (ndlr: 1,73 m), je pèse 145 livres (ndlr: 66 kg), je suis blonde et belle! Il y a deux ans j’aurais plutôt affirmé ceci : « je me nomme Mariz, j’ai 29 ans, je mesure 5 pieds et 8 pouces (ndlr: 1,72 m), je pèse 360 livres (ndlr: 163 kg), je suis obèse! »

Comment la deuxième Mariz est devenue la première me demanderez-vous. Simple! Science et logique! En faisant expertiser, par des professionnels de la santé, un problème métabolique récurrent et en procédant à une intervention chirurgicale complexe, lourde de conséquences et encore expérimentale. Solution facile! Certains le pensent, beaucoup le disent et plusieurs me rendent malade…

Après trois ans d’attente, de rencontres avec mon médecin, mon chirurgien, ma nutritionniste, ma kinésiologue, après avoir assisté à plusieurs conférences données par des chercheurs en obésité, après avoir lu tout ce qui a été écrit sur le sujet, après tout cela, je suis sortie du bloc opératoire.

Solution facile, le pensez-vous encore? Lorsque votre intérieur a été brûlé, découpé, rebranché, recousu… Lorsque vous ouvrez les yeux et que la seule chose que vous souhaitez c’est qu’ils se referment au plus maudit parce que la douleur est insoutenable… Lorsque vous avez l’impression qu’un train vous a trainé sur des kilomètres, à ce moment même, vous croyez qu’elle était facile cette avenue?

Vous souhaitez connaître la première phrase qui est sortie de ma bouche après avoir été modifiée de l’intérieur? Bien sûr… Lorsqu’un infirmier est venu m’aider à me lever, trois heures seulement après l’intervention, je l’ai regardé, les yeux noyés de morphine, et j’ai dis : « si jamais un jour quelqu’un vient me dire que c’était la solution facile, je lui CALISSE mon poing sur la yeule ». Ma copine l’a trouvé pas mal bonne et elle a su que tout allait bien, que j’étais toujours en vie!


photo: Paul-André Larocque

Le portrait qui est peint des obèses n’est en fait qu’une partie de la réalité et moi, je ne m’identifie pas à cette réalité. Je ne me suis pas mise à engraisser à la suite d’un échec amoureux ou parce que mon père m’a violée étant enfant, je n’entretenais pas de rapports conflictuels avec la nourriture, je ne m’isolais pas dans un 2 ½ crasseux parce que j’avais peur du regard des gens, je ne m’empiffrais pas de « junkfood » toute la journée, je ne couvrais pas mon corps de vêtements trop grands…

Quoi que je fasse, les kilos ne faisaient que s’accumuler avec les années. Pourquoi? Malgré les régimes, l’entrainement physique, la restriction, je n’arrivais à rien. Tout ce qui augmentait, c’était mon sentiment de culpabilité et d’injustice. Malgré cela, j’avais une vie relativement normale! J’avais des amis, des amoureux, des amants, une vie sexuelle…

J’allais à l’université même si les sièges étaient trop petits pour mon derrière, je sortais dans les bars et les soirées, je tentais de me réaliser malgré les regards. Vous savez, ces regards accusateurs qui me laissaient croire que mes difficultés corporelles m’étaient entièrement attribuées et que c’était « bien fait » pour moi. Ces regards de dédain qui me scrutaient des pieds à la tête. Ces regards, ces foutus regards! Lorsqu’ils étaient accompagnés de chuchotements et de rires, ils étaient sanglants! Malgré tout cela, je fonçais dans la vie! Je savais qu’un jour on me jugerait pour ce que je suis et ce que je fais et non pas parce que je prends deux sièges dans l’autobus…


photo: Paul-André Larocque

On éprouve rarement de la compassion pour les personnes obèses… Pourquoi se mettre à la place d’un obèse, il a juste à arrêter de manger!

Tu as une vie normale aujourd’hui me direz-vous. Peut-être, vu par des yeux extérieurs, mais je serai à tout jamais une obèse. Il y a deux côtés à ma médaille et je dois apprendre à accepter le revers. Je devrai à tout jamais « dealer » avec les regards. Ils sont différents certes, mais toujours existants, toujours aussi accusateurs… Lorsque je raconte mon récit, il y a certaines personnes qui me regardent comme-ci je ne méritais pas ma beauté. Pour eux, je ne ferai jamais parti des leurs, je serai à tout jamais la grosse qu’on méprise.

Lorsque j’étais obèse, on ne pouvait s’y méprendre… Lorsque je faisais une rencontre, mon partenaire était parfaitement conscient qu’en enlevant mes vêtements, il y trouverait un corps gros et déformé. Maintenant, mon apparence devient un mensonge sans que je ne le veuille. Si j’effectuais des rencontres aujourd’hui, je n’aurais d’autres choix que d’en parler avant que les évènements s’enchainent, car la surprise serait mauvaise! Comment expliquez que même si je suis jolie, une fois nue je suis une toute autre personne? Et si je ne disais tout simplement rien… Quels types de réaction pourraient produire mes seins vides et mes cuisses flasques? À quel point est-on ouvert d’esprit?


photo: Paul-André Larocque

Certains individus, adeptes du positivisme, me diront : « mais tu peux t’habiller où tu veux maintenant, tu n’as plus ce problème et tu peux t’asseoir dans un siège étroit». Vrai! Par contre, le bonheur ne se résume pas à ce que l’on perçoit. Mes os sont heureux, mon rythme cardiaque me remercie, mes articulations trépignent de bonheur, mais ma peau est triste…Elle est toujours là! Plus molle, plus plissée… Notre société nous inculque qu’une femme perd sa beauté au même rythme qu’elle accumule les années. Pour ma part, ma jeune beauté est un euphémisme. Ce n’est qu’une illusion d’optique. Il ne faut pas juger un livre à sa couverture.Vrai, tellement vrai! Ma couverture est magnifique, mais mes pages sont fripées, usées, elles ont été bafouées, pliées et même déchirées…

Suis-je heureuse aujourd’hui? OUI! J’apprends à aimer mon nouveau livre, car malgré son apparence, il est rempli de force et de courage. J’aurai sûrement recours à la chirurgie esthétique un jour, mais même si je réussissais à accumuler l’argent nécessaire à la réparation de mon corps, je devrai tout de même apprendre à vivre avec ces blessures. Je suis de celles qui croient que la force et l’équilibre sont puisés dans le fait d’assumer qui on est, et cela, dans son intégralité. La grande question : « reproduirais-tu les mêmes gestes à la suite du résultat connu? ». OUI, sans hésitation! Il faut seulement être conscient que, comme dans tout, une action conduit toujours à des résultats inattendus et il faut être en mesure de les accepter.

Vous croyez toujours que cette intervention est une solution facile? Je mènerai un combat jusqu’à ma mort. Il est juste différent maintenant…

source: urbania.ca

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entrevue avec Maryse Deraîche sur radio-canada.ca

entrevue avec Maryse Deraîche sur tvanouvelles.ca

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Reine d’un jour


capture d’écran de la page d’accueil d’Urbania
(la photo y incluse est de Paul-André Larocque)

par Sylvie St-Jacques
La Presse
13 avril 2012

Sur son fil Twitter, Maryse Deraîche ne tarit pas d’enthousiasme pour la célébrité instantanée que lui a valu son texte «Qui gagne perd…», paru cette semaine sur le site d’Urbania. «Quelle fabuleuse expérience!», se réjouit la jeune femme de Québec de 31 ans qui s’est mise à nue au propre comme au figuré dans ce qui est «probablement l’un des articles les plus troublants [et émouvants] de l’histoire d’Urbania».

Il y a deux ans, celle qui emprunte le pseudonyme Mariz était obèse: elle pesait 360 livres. Aujourd’hui, elle se présente comme «belle et blonde» et pèse 145 livres pour ses 5 pi 8 po (1,72 m). Le photographe Paul-André Larocque l’a immortalisée d’abord en svelte et fougueuse vamp, puis en costume d’Ève où est révélé le triste spectacle de ses chairs évidées et pendantes que dissimulent avantageusement des vêtements ajustés.

«C’est très personnel comme article. Quand on a subi un changement corporel de la sorte, on ressent le besoin de coucher ça sur papier», exprime Maryse Deraîche, au bout du fil, qui espère que cet article réalisé avec son meilleur ami, le photographe Paul-André Larocque, «ouvrira les horizons des personnes obèses et fera la preuve qu’il n’y a rien de miraculeux dans la vie.»

Impact social

Dans son témoignage coup-de-poing, Maryse Deraîche s’en prend à une société qui rend les obèses et les personnes aux comportements «incorrects» responsables de leurs maux.

«De nos jours, si nous ne mangeons pas six portions de fruits et de légumes quotidiennement, si nous ne faisons pas 30 minutes d’exercice soutenu ou si nous avons le malheur de fumer, nous méritons nos malheurs!» écrit celle qui tient «un problème métabolique récurrent» responsable de son surpoids.

L’amincissement de Maryse Deraîche n’est pas le résultat d’un régime, puisque la jeune femme a plutôt choisi de prêter son corps à la science. Trois ans d’expertises, de séances d’information et de consultations avec des spécialistes ont précédé l’intervention chirurgicale «complexe et lourde de conséquences» qui lui a donné un nouveau corps.

Et voilà qu’elle expose au grand jour les résultats d’une démarche lourde de conséquences. «Le but n’était pas de choquer, mais bien de démontrer le décalage entre ce que les gens perçoivent d’une image corporelle et la réalité qui est cachée, sous l’enveloppe.»

Jadis, quand elle était ronde, ses articulations et son rythme cardiaques étaient peut-être souffrants, son derrière était peut-être trop volumineux pour les bancs de l’université, mais elle avait des amis, des chums, des amants. Aujourd’hui, Maryse est libérée de son surpoids, mais porte néanmoins une tonne et demie de meurtrissures, bien dissimulées sous ses vêtements sexy.

«Lorsqu’un infirmier est venu m’aider à me lever, trois heures seulement après l’intervention, je l’ai regardé, les yeux noyés de morphine, et j’ai dit: «Si jamais un jour quelqu’un vient me dire que c’était la solution facile, je lui CÂLISSE mon poing sur la yeule.»»

La «fabuleuse expérience» de Maryse Deraîche, bien entendu, c’est sa percée fulgurante dans les statuts Facebook et Twitter de centaines de sympathisants à sa cause. «C’est incroyable, tout l’amour et les encouragements que j’ai reçus» Le nouveau fan-club de Maryse Deraîche a trouvé en cette jeune femme au corps prématurément vieilli une poster girl pour une époque où l’obsession du corps n’a d’égale que l’obsession d’être vu, entendu, retwitté…

Symbole d’une époque

Maryse Deraîche – à l’instar de la Britannique Samantha Beck, cette inconnue de 41 ans devenue célèbre après avoir signé un texte dans le Daily Mail sur la jalousie que lui vaut sa grande beauté – est le symbole d’une époque où tout ce qui est «viral» prend spontanément une importance cruciale.

Si ce texte a tant suscité l’attention, c’est que Maryse Deraîche porte plusieurs paradoxes. En même temps qu’elle dénonce l’obsession de la minceur, elle révèle les douleurs et séquelles d’une procédure encore expérimentale. Deux ans après sa chirurgie, la prochaine étape sera la chirurgie esthétique, qui pourrait lui coûter plusieurs dizaines de milliers de dollars.

«Le but n’était pas de choquer», assure Maryse Deraîche qui jure qu’elle ne s’attendait pas à ce que son histoire crée une «aussi grosse vague.»

Un tsunami, plutôt. Qui dérange et repousse les frontières d’une réflexion sur notre rapport trouble à nos corps et à nos miroirs.

source: cyberpresse.ca

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source: vimeo

Collaborateurs:

Urbania : urbania.ca
larocquestudio : larocquestudio.ca
Eleiade : eleiade.com
Véro Comtois, conception web : verocomtois.com
Boom fm : boomfm.com

Pour qui désirerait apporter une aide financière à Maryse afin de l’aider à payer ses chirurgies réparatrices, je vous invite à suivre ce lien:
reconstruiremaryse.com


Gaz de schiste à Fort Worth (Texas)


photo: Ralph Lauer

(Fort Worth, Texas) Aux quatre coins du gisement Barnett, dans le nord du Texas, là où est née l’industrie du gaz de schiste il y a 10 ans, la révolte gronde. Les citoyens, qui voient les gazières forer tout près de leurs maisons de banlieue ou des écoles de leurs enfants, en ont assez. Les poursuites se multiplient et plusieurs projets de loi sont proposés pour encadrer une industrie qui a créé 70 000 emplois dans la région.

Fort Worth, c’est la ville où les cow-boys menaient jadis leurs troupeaux à l’abattoir. C’est aujourd’hui la pionnière des forages gaziers en milieu urbain. Ce concept controversé fait la fortune de plusieurs compagnies qui exploitent le gisement Barnett, à 3000 mètres sous les rues et les maisons de cette agglomération de 1,8 million d’habitants. Dans tous les quartiers, chaque terrain vague ou recoin en friche a déjà ses puits. Si ce n’est pas le cas, cela ne saurait tarder. Et s’il n’y a pas de terrain vague, l’industrie en crée un. Dans un cas récent, une société gazière a acheté un édifice à logements délabré et l’a rasé pour y installer sa plate-forme de forage.


photo: (inconnu)

En théorie, tout le monde peut faire un peu d’argent, voire beaucoup d’argent avec le gaz du shale de Barnett. En effet, selon la loi du Texas, et contrairement à la situation au Québec, les propriétaires de la surface sont aussi propriétaires du sous-sol ici. Les compagnies gazières doivent donc les payer avant de forer sous leur maison et leur verser une redevance s’ils exploitent le gaz.

C’est cet aspect qu’aime souligner Ed Ireland, président du lobby de l’industrie, alors qu’il guide La Presse dans la ville. «Les gens qui peuvent retirer un revenu de leurs droits miniers sont très contents, dit-il. Un propriétaire typique peut recevoir 1000$ à la signature et retirer 100$ par mois par la suite.» Il donne l’exemple d’un collège universitaire, qui finance un nouveau bâtiment et des bourses d’études avec ses revenus gaziers.


photo: Scott Goldsmith

2000 puits urbains

C’est ainsi que 2000 puits de gaz de schiste ont été forés à Fort Worth. Non sans causer une controverse grandissante qui retentit maintenant jusqu’à Austin, la capitale du Texas. Cependant, les bénéfices sont souvent minces, voire inexistants, surtout pour les locataires. Et il y a les cas de plus en plus répandus de propriétaires de maisons qui en fait n’ont pas les droits miniers sur leur terrain, parce que ces derniers ont été conservés par le promoteur immobilier qui a fait le lotissement.

Gary Hogan, résidant de Fort Worth, est vice-président de la North Central Texas Communities Alliance (NCTCA), qui tente de réunir les opposants à l’industrie. Il était membre des comités créés par la Ville de Fort Worth pour rédiger la réglementation gazière municipale. Il ne croit pas que le propriétaire moyen comme lui fait fortune avec le gaz. «Je viens de recevoir un chèque de 148$ pour 10 mois», dit-il. Ce n’est rien comparativement aux désagréments et dangers que cause l’industrie, dit-il. Des dangers qui commencent à retenir l’attention des autorités et des médias au Texas, 10 ans après le début de l’exploitation du gisement Barnett.


photo: Scott Goldsmith

Pollution au benzène

La Texas Commission on Environmental Quality (TCEQ), l’agence gouvernementale de protection de l’environnement, a révélé l’an dernier qu’une importante proportion des installations gazières causaient de la pollution au benzène, un gaz qui peut causer l’anémie, le cancer et des troubles nerveux. Depuis, l’agence installe de nouvelles stations de surveillance de la qualité de l’air.

La crainte de la pollution au benzène a atteint son paroxysme à Flower Mound, en banlieue nord de Fort Worth. Les résidants y ont attribué ce qui leur semblait un nombre inhabituel de leucémies chez les enfants. Les autorités de la santé publique ont ordonné une étude. Les résultats préliminaires ne permettent pas de conclure à un taux inhabituel de leucémie, mais ils n’incluent pas l’année où les forages ont commencé à Flower Mound. L’étude se poursuit.

L’impact de l’industrie sur l’eau suscite aussi l’inquiétude au Texas. L’agence fédérale de protection de l’environnement (EPA) s’est mise de la partie en décembre dernier, en déposant à grand fracas une poursuite contre une compagnie gazière pour avoir contaminé deux puits d’eau potable. Du même souffle, l’EPA affirmait que les autorités texanes n’avaient pas agi assez vite dans ce cas. Cette même compagnie a été absoute par un tribunal texan, mais l’EPA maintient sa poursuite devant un tribunal fédéral.


photo: Scott Goldsmith

Un moratoire et une poursuite

De leur côté, les villes texanes ont réagi en essayant d’éloigner l’industrie des lieux habités et de réduire les désagréments. Mais ce n’est pas toujours facile.

Tom Hayden est maire adjoint de Flower Mound, qui est poursuivi par une compagnie gazière pour avoir décrété un moratoire sur les nouveaux forages. «Flower Mound est une communauté cossue qui est en train de se transformer en zone industrielle, dit M. Hayden. Dès notre élection l’an dernier, nous avons imposé un moratoire sur tout nouveau forage. Dans notre ville, 90% des gens n’ont pas de droit sur le sous-sol. Il a été conservé par les promoteurs immobiliers. C’est difficile d’équilibrer le droit des propriétaires du sous-sol d’exploiter ses ressources et celui des gens à rester en santé et profiter de leur maison.»

À Fort Worth, les forages ne sont pas permis à moins de 200 mètres des bâtiments, mais cette limite peut être contournée si tous les propriétaires concernés y consentent. Une règle qui se retourne contre les résidants des quartiers pauvres, dit M. Hogan.


photo: Scott Goldsmith

Après les puits, les gazoducs

Il n’y a pas que les puits ou les compresseurs qui dérangent les gens ou les rendent malade. Il y a aussi les gazoducs qui étendent leur réseau tentaculaire, grâce au pouvoir d’expropriation des compagnies gazières. Les gazoducs en milieu urbain inquiètent Esther McElfish, présidente de la NCTCA. «Le gaz qui circule dans les conduites de raccord des puits n’est pas odorisé, contrairement à celui des conduites de distribution, dit-elle. Il n’y a pas moyen de détecter une fuite.»

Steve Dueong réside dans un quartier pauvre de Fort Worth avec sa fille de 11 ans. Cambodgien d’origine, professeur au secondaire, il est en congé médical forcé depuis 10 ans, victime de la maladie de Lyme. M. Dueong a tenu tête pendant 18 mois à une des plus importantes compagnies gazières qui voulait faire passer un gazoduc sur le terrain de sa modeste maison. «Le tuyau serait passé à 10 pas de ma chambre à coucher», dit-il.

Le gazoduc devait relier deux puits situés de part et d’autre de son quartier. La compagnie, coincée dans ses échéances, a trouvé un autre chemin, loin des maisons, mais a maintenu sa cause contre M. Dueong, qui a finalement été exproprié. Un autre gazoduc pourrait être installé. C’est une réelle possibilité, car d’autres puits seront forés dans le quartier. «Ma maison de 60 000$ a perdu peut-être 30% de sa valeur, dit-il. Mais je n’ai pas fait ce combat pour l’argent. J’ai le sentiment que ma ville est devenue un endroit étrange et hostile où l’argent et les entreprises font la loi. C’est contraire à tout ce que j’ai appris sur les valeurs de ce pays.»

photo: Scott Goldsmith

Un voisinage ruineux

Même des gens très à l’aise peuvent voir leur santé financière détruite par le voisinage de l’industrie. Garrick Palmer a une maison à Flower Mound qui valait 600 000$, mais il se demande qui l’achèterait aujourd’hui. «Il y a une plate-forme de forage en avant et ils construisent une batterie de compresseurs en arrière», dit-il. Des gros défauts pour une maison, qui s’ajoutent au marasme généralisé du marché immobilier. Au chômage depuis deux mois, M. Palmer, 55 ans et spécialiste informatique, père de trois ados, craint de devoir repartir à zéro. Et ce n’est pas sa redevance gazière de 5000$ qui le sauvera.

Pour Ed Ireland, la cohabitation harmonieuse entre l’industrie et les résidants dépend de l’adoption de certaines mesures. Par exemple, les plates-formes de forage sont maintenant entourées d’écrans sonores pouvant atteindre 15 mètres de haut. Les projecteurs du chantier pointent désormais vers le bas pour ne pas éblouir le quartier. Et les camions circulent seulement la nuit.

photo: Scott Goldsmith

Il nie toute pollution au benzène. «Le benzène vient des autos et des camions, pas des installations gazières», dit-il.

Il nie aussi que l’industrie puisse causer quelque trouble de santé. Même si les témoignages se ressemblent étrangement chez toutes les personnes rencontrées par La Presse qui ont subi le voisinage de l’industrie: saignements de nez, éruptions cutanées, étourdissements, nausées, etc. «La cause de ces problèmes est ailleurs, dit M. Ireland. Les gens mécontents, qui ne touchent pas de redevances, cherchent des problèmes et tentent de les mettre sur le dos de l’industrie.»

Et la valeur des maisons? «Je dirais que s’il y a perte de valeur, elle est attribuable aux fortes plaintes que les gens font au sujet de l’industrie, mais pas à l’industrie elle-même.»

photo: Scott Goldsmith

Gisement Barnett :

70 000 emplois
13 000 km2
14 000 puits forés, dont 3112 en 2010
11 000 puits en production
100 compagnies exploitantes
82 équipes de forage en activité

Charles Côté
La Presse


Gaz de schiste | Les valises


photo: (inconnu)

Note du webmestre:
L’article suivant a été publié dans le quotidien québécois La Presse le 2 septembre 2010. Vous retrouverez quelques mises à jour de l’article à la fin de celui-ci.
Les photos ont été ajoutées à l’article par citizen zoo.

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Bon, c’est réglé, le gaz de schiste. On s’inquiétait pour rien, finalement. Pas de moratoire qui pénaliserait indûment l’industrie gazière, mais une étude du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), qui fera rapport dans cinq mois.

C’est merveilleux, non? L’exploration continue pleins gaz, si j’ose dire: les tours de forage, l’eau pour le forage (jusqu’à 40 camions d’eau par jour dans l’un des sites que j’ai visités), les produits chimiques qu’on mélange à cette eau pour fracturer la roche, le bruit des génératrices qu’on entend à un demi-kilomètre, la voisine d’en face, qui tient une garderie (je n’invente rien), qui avait l’impression d’avoir un 747 qui décollait dans sa cour quand ils relâchaient la pression du gaz… Mais bon, ça dure juste trois minutes, et c’est juste trois ou quatre fois par jour. Et en même temps, EN MÊME TEMPS – c’est là le merveilleux de la chose -, en même temps, le BAPE.


source: alleghenydefenseproject.wordpress.com

L’écologie et l’industrie main dans la main. Dans cinq mois, le BAPE «proposera des orientations assurant le développement sécuritaire et durable de l’industrie gazière»; le gouvernement retiendra les recommandations qui le dérangeront le moins – de toute façon, Baby Drill Normandeau l’a dit: le gouvernement va de l’avant.

Résumons le plan.

Article 1: le gouvernement va de l’avant.

Article 2: le BAPE, quoi qu’il entende, quoi qu’il découvre, n’a ni le mandat, ni le pouvoir, ni l’expertise (à moins d’aller la chercher auprès des sociétés gazières elles-mêmes), ni le temps de remettre en cause l’article 1.

Le vrai mandat du BAPE: fracturer la roche de la résistance citoyenne, en extraire le gaz et le laisser s’échapper pour relâcher la pression.


photo: (inconnu)

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Peut-on s’entendre sur un truc? Quand je vous parle du gaz de schiste, je ne vous parle pas du gaz de schiste. De quoi, alors? De la même chose que les chroniqueurs politiques quand ils soulignent le désabusement des citoyens, qui croient plus un Bellemare qu’un Charest(1), qui ne croient plus à la politique ni à la justice, qui ne veulent plus aller voter…

Ce que contamine en ce moment le gaz de schiste, c’est ce qu’il reste de confiance en l’État.

Le gouvernement prend le citoyen pour une valise. Au-delà de sa trivialité, l’expression suggère très justement un contenant vide – le citoyen – qu’on va remplir d’informations ni fausses, ni vraies, mais utiles à la bonne gouvernance. Utiles à l’élite éclairée qui mène les affaires de l’État. Cette élite qui voit aux choses importantes, qui voit à l’avenir (économique, bien sûr – en est-il un autre?) alors que le peuple, lui, baigne dans le présent, dans ses soucis quotidiens, dans ses peurs, dans son petit confort.


source: Postmedia News

L’industrie gazière débarque en sauvage dans la campagne québécoise, qu’elle s’est partagée subrepticement, en pointes, comme une vulgaire tarte; elle s’installe dans la cour des gens, comme à Saint-Marc-sur-Richelieu; les journalistes font leur travail, rapportent ce qu’ils ont vu ailleurs, en Pennsylvanie notamment; une bonne partie de la population s’inquiète… Que fait le gouvernement?

La moindre des choses serait qu’il porte un peu de cette inquiétude. Pas une crisse de seconde. Il ne la porte pas, ne la partage pas, ne la conteste pas. Il la gère. Le peuple s’inquiète? On va le rassurer. On va remplir la valise.

Le citoyen moyen est un peu con, c’est vrai. Je veux dire: il n’est pas aussi intelligent qu’un ingénieur en hydrocarbures, mais il sent tout de même, confusément, qu’on est entrain de le remplir. Pas seulement sur le gaz de schiste.

On ne lui ment pas: on le manoeuvre. On le persuade. On le conditionne selon les méthodes déshonorantes du marketing, qui ravalent le citoyen au niveau du chien de Pavlov.

Tu dis job, le citoyen fait aller sa queue. Tu dis développement durable, il bave un peu. Tu dis l’avenir de nos enfants, il fait pipi sur le tapis.

Sauf que ça marche moins que ça a déjà marché. On lui a fait le coup trop souvent. On lui a fait le coup avec les mines, notamment. Il commence à être tanné, le citoyen.


photo: Tim Shaffer

Un verre rempli d’une eau provenant d’un puits résidentiel après le début du forage d’un puits de gaz naturel à Dimock en Pennsylvanie, le 7 mars 2009.

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M. Caillé, l’impayable président du consortium pétrolier, dit: «Les gens sont inquiets et on n’a pas de raison de ne pas les rassurer.» Devinez par quoi il a commencé pour rassurer les gens?

Par dresser la liste des produits chimiques utilisés pour fracturer la roche? Non.

Par publier la carte des prochains sites d’exploration? Non.

Par dicter des règles de bon voisinage comme, par exemple: pas de puits à moins de 3 km d’un village; des règles de contrôle du bruit; des règles pour le camionnage? Non plus.

Par fixer un tarif de compensation pour les citoyens qui n’auront pas le choix de vendre au rabais leur maison, leur champ? Non.

M. Caillé a commencé par engager la firme National, des experts en gestion de crise, autrement dit des experts en bourrage de valise. Sont chers, National, mais avec eux, à la fin du contrat, la valise est tellement pleine qu’il faut que tu te mettes à genoux dessus pour la fermer.

(1) Si vous voulez mon avis, croire l’un plus que l’autre et l’autre plus que l’un relève de l’ingénuité bien plus que du désabusement, mais enfin…

Pierre Foglia
La Presse
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Mises à jour:

Depuis la parution de cet article dans La Presse, M. André Caillé (ancien PDG d’Hydro-Québec, de 1996 à 2004) a été remplacé au poste de président de l’Association pétrolière et gazière du Québec par un ancien premier ministre du Québec (de 1996 à 2001), M. Lucien Bouchard. Situation paradoxale, M. Bouchard a été ministre de l’Environnement du gouvernement canadien en 1989-1990, où il a travaillé à la mise sur pied d’un ambitieux “plan vert”.

L’étude menée par le BAPE est maintenant terminée et le rapport a été remis au gouvernement aujourd’hui (28 février 2011).


Folie | Dans la tête des dictateurs


photo: (inconnu)

Peu de dirigeants dans l’histoire étaient réellement fous. Kadhafi est l’un d’eux, disent des psychologues.

Quand Mouammar Kadhafi a suggéré dans ses discours cette semaine que ses opposants étaient sous l’effet de drogues hallucinogènes, les blagues n’ont pas tardé à surgir : peut-être que le « guide spirituel » libyen devrait prendre quelques pilules lui aussi, ont raillé les mauvaises langues…


photo: (inconnu)

Mais pour le psychologue belge Pascal de Sutter, joint cette semaine à Louvain-la-Neuve, un patient pareil est pratiquement intraitable. « On peut lui donner des médicaments pour le rendre moins excessif, pour stabiliser son état. Mais il n’y a pas une grande motivation de changement chez le patient. Pour le psychopathe, ce sont les autres qui ont tort! »

Le cas de Mouammar Kadhafi passionne les psychologues politiques depuis des décennies. « Beaucoup de dirigeants, qu’ils soient dictateurs ou pas, ont des personnalités très marquées, à la limite du dysfonctionnement. Charles de Gaulle était narcissique, Nicolas Sarkozy a une personnalité très particulière, Jean Chrétien aussi d’ailleurs », lance, narquois, Pascal de Sutter, qui a exploré la question dans son livre “Ces fous qui nous gouvernent“, en 2007. « Ces gens ne sont pas fous, ils ont assez d’équilibre mental pour ne pas être dysfonctionnels. Il y a eu peu de dirigeants dans l’histoire qui étaient fous, au sens psychiatrique du terme. Mais il y a une exception : notre ami Kadhafi. »


photo: (inconnu)

Fou, mais encore ? Kadhafi présente une « personnalité limite (borderline) », dit le Dr Jerrold Post, directeur du programme de psychologie politique à l’Université George Washington, joint cette semaine dans la capitale américaine. « Il est habituellement au-dessus de la limite, en lien avec la réalité. Mais il peut basculer à deux occasions : lorsqu’il a du succès, et quand il subit un échec. »

Les deux psychologues notent que Kadhafi subit en ce moment un stress important qui ne fait que renforcer son délire. Ses propos sur une intervention étrangère pour droguer les jeunes libyens révèlent, pour Jerrold Post, la conviction profonde de Kadhafi d’être un personnage irremplaçable. « Ce ne sont pas que des mots. Il est inconcevable pour lui que les Libyens ne puissent pas l’aimer. Donc, si quelqu’un s’y oppose, c’est forcément à cause d’une force étrangère. »


photo: (inconnu)

Dictateur, profil de l’emploi

« Les dictateurs ont des profils extrêmement dominants, ambitieux et souvent avec une tendance de psychopathie, dit Pascal de Sutter. Pour arriver à être dictateur, il ne faut pas hésiter à écraser les autres. Quelqu’un qui a des scrupules, un niveau d’altruisme relativement élevé, ne pourra jamais y arriver. »

Une bonne dose de charisme, pour enjôler les sains d’esprit, ne nuit pas non plus. « Adolf Hitler, Fidel Castro et Kadhafi étaient extrêmement charismatiques, dit M. de Sutter. Mais Staline ne l’était pas du tout. Il menait par la terreur. »


capture d’écran: télévision nationale libyenne

Tous les dictateurs ne sont pas complètement déraisonnables, rappelle le psychologue. « Hosni Moubarak a une personnalité forte et imposante, et il ne rechignait pas à éliminer ses opposants d’une façon ou d’une autre. Mais malgré tout, même s’il était dictateur, c’était quelqu’un de relativement raisonnable, qu’on pouvait raisonner. Kadhafi est complètement déraisonnable. »

Et le temps n’arrangera pas les choses. À son état actuel s’ajoutera aussi de la démence sénile, analyse le psychologue. « Il va prendre des décisions de plus en plus aberrantes et excessives. Il va probablement développer une crise de paranoïa en s’imaginant qu’on lui veut du mal. Ce qui est peut-être la réalité, remarquez… »

Judith Lachapelle
La Presse


Protestation et auto-immolation

photo: (inconnu)

photo: (inconnu)

Heo Se-uk, un Sud-Coréen célibataire de 54 ans, chauffeur de taxi pendant 16 ans et membre d’un syndicat, s’est immolé le 1er avril 2007 à Séoul afin de protester contre l’Accord de libre-échange signé entre les États-Unis et la Corée du Sud. Il a survécu deux semaines à des brûlures au troisième degré (qui couvraient 63% de son corps) avant de décéder d’une infection le 15 avril suivant.

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photo: (inconnu)

Comme forme de protestation, l’auto-immolation n’est pas seulement ancienne, mais d’actualité et toujours dramatique (on pense à Mohamed Bouazizi, en Tunisie, qui s’est immolé le 17 décembre dernier et est décédé le 4 janvier des suites de ses blessures). Le plus vieux cas d’auto-immolation recensé date de 1936.

Pour la période de 1963 à 2002, l’année 1990 a été la pire alors que 227 personnes se sont immolées. Il faut noter que de ce nombre, 223 étaient originaires de l’Inde et que leur geste de protestation concernait l’inéquité exercée envers les castes basses.

Durant la même période, l’Inde a connu le plus grand nombre de gens immolés (47.8% du total), suivie du Vietnam (17.3%), de la Corée du Sud (8.1%) et des États-Unis (5.4%). D’autres pays et peuples se partagent les 114 autres cas sur un total de 533.

sources:
aa-1177.blogspot.com english.hani.co.kr (site internet du journal sud-coréen The Hankyoreh dont la mission journalistique est de représenter les points-de-vue du peuple autant que de défendre la liberté de la presse)

“Making Sense of Suicide Missions”, ed. Diego Gambetta, Oxford University Press, 2005 (données de Michael Biggs)

Wikipédia

sur le même sujet, sur citizen zoo: Le désespoir d’un immigré

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photo: (inconnu)

Les médias du monde arabe font état presque chaque jour de nouvelles tentatives d’immolation par le feu, illustration du désespoir que ressentent nombre de citoyens d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

Karim Prakzad, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques de Paris, relève qu’on n’a jamais vu une telle vague de tentatives de suicide dans le monde arabe: «Les moines bouddhistes s’immolaient par le feu pendant la guerre du Vietnam. On a aussi vu beaucoup de femmes faire la même chose en Afghanistan. Mais rien de tel dans les pays arabes.»

L’interdit absolu qui frappe le suicide dans l’islam renforce encore la symbolique des tentatives des dernières semaines, note M. Prakzad, qui lie directement ces actes à la révolution tunisienne. Il insiste cependant sur le fait qu’il est impossible de savoir exactement ce qui se passait dans la tête des personnes concernées.


photo: (inconnu)

«Les événements là-bas ont révélé les souffrances d’une grande partie de la population des autres pays arabes en raison de l’exclusion économique, politique et sociale», souligne M. Prakzad.

Dans le quotidien algérien El Watan, une psychologue, Nacéra Sadou, souligne que l’immolation par le feu doit être vue comme une tentative «de se réapproprier le droit d’apparaître, une façon d’exister, de dire «je suis là»» dans une société muselée. L’autodestruction devient la seule manière de «s’exprimer puisque l’accès à la parole est impossible», dit-elle.

Dans la même veine, le président du mouvement citoyen tunisien Byrsa, Selim Ben Hassen, a expliqué que l’immolation constitue un désaveu ultime du gouvernement: «La personne qui se suicide dit qu’elle ne croit même plus à la capacité des dirigeants de l’aider.»

Un désaveu extrêmement puissant politiquement et difficile à contrer, au dire de Rodger Baker, du centre de recherche privé américain Stratfor. «L’immolation renvoie intrinsèquement à l’idée du martyre. Elle signifie que l’on est prêt à s’infliger de grandes douleurs pour les autres ou pour la cause», souligne-t-il.


photo: (inconnu)

Dans un long article publié par Foreign Policy, un chercheur américain rattaché à l’Université de l’Alabama, Adam Lankford, dit qu’il ne faut pas prêter trop rapidement d’intentions politiques précises aux personnes qui ont tenté de s’immoler. Plusieurs d’entre elles, souligne-t-il, n’ont laissé aucun document ou message pour préciser le sens de leur geste. Or, ils l’auraient certainement fait s’ils avaient visé à organiser sciemment une «protestation politique».

Bien que ces actes puissent revêtir après coup une portée symbolique importante, ils peuvent être d’abord et avant tout le reflet de prédispositions suicidaires, selon lui.

Les liens entre politique et suicide demeurent quand même significatifs, dit-il. «Un gouvernement est au moins partiellement responsable de la santé psychologique de sa population. Quand les citoyens perdent foi dans leurs dirigeants, dans le caractère juste et équitable du système, dans leur capacité de surmonter l’adversité, ils perdent espoir, et le désespoir est l’une des causes de suicide les plus fréquentes.»

adapté de: Marc Thibodeau / La Presse


WikiLeaks et quotidiens collaborent


source: Reuters

Plutôt que de tout mettre en ligne comme à leur habitude, les responsables de WikiLeaks ont accepté de se conformer aux «règles du jeu» fixées par les grands journaux qui diffusent, depuis quelques jours, les détails marquants des 250 000 télégrammes diplomatiques américains obtenus par l’organisation.

«Ils savaient qu’ils ne pouvaient rien faire eux-mêmes avec les documents, qu’ils ne pouvaient pas simplement les mettre sur leur site. Ils auraient eu des morts sur la conscience», a expliqué hier Rémi Ourdan, journaliste du Monde chargé de superviser le traitement des télégrammes au prestigieux quotidien français.

Le Monde et quatre autres grands journaux avec lesquels WikiLeaks fait affaire ont obtenu que l’information dont la diffusion pouvait mettre certaines personnes en danger soit retirée des documents publiés.


source: AFP

Ils ont aussi établi que WikiLeaks ne révélerait que le contenu des télégrammes qui serviraient directement de base à leurs articles, à mesure que ceux-ci seraient diffusés.

C’est ce qui explique que seule une poignée des 250 000 télégrammes ait été dévoilée jusqu’à maintenant, contrairement à ce que laissent entendre plusieurs comptes rendus médiatiques, note M. Ourdan.

La publication des articles devrait durer encore «plusieurs jours», souligne sans plus de précision le représentant du Monde, qui insiste sur le caractère exceptionnel de l’exercice journalistique mené pour en arriver là.

«Ça fait 20 ans que je fais ce métier et je n’ai jamais rien vu de tel. Il y a eu un partage d’information incroyable», relate-t-il.


source: AP

120 journalistes

Environ 120 journalistes, dont une vingtaine du Monde, ont étudié les documents pendant «plusieurs semaines» pour en extraire les données importantes et écarter les renseignements peu sérieux tout en veillant, au besoin, à en protéger les sources, souligne M. Ourdan.

Le Monde, qui a pris grand soin d’expliquer longuement sa démarche dans son numéro d’hier, a insisté sur le fait qu’il relevait de sa mission de prendre connaissance et d’analyser «avec responsabilité» les documents de WikiLeaks.

L’annonce de la divulgation du contenu des télégrammes diplomatiques américains a néanmoins suscité une véritable levée de boucliers dans la classe politique française, tant à gauche qu’à droite.


source: AFP

Le porte-parole du gouvernement, François Baroin, a déclaré que les actions de Wikileaks portent atteinte «à l’autorité des États» et «mettent en danger des hommes et des femmes qui travaillent à la sécurité de leur pays».

Les médias français se montrent aussi, en large majorité, des plus critiques. Le Figaro, dans un éditorial paru hier, dénonce la «tyrannie de la transparence» imposée par Wikileaks, faisant écho aux propos du gouvernement.


source: CBS

Discours «hypocrite»?

M. Ourdan note que le Figaro est assez «hypocrite» puisque, dans sa livraison d’hier, il critique durement WikiLeaks en éditorial et en première page, mais reprend largement les révélations du Monde dans ses pages intérieures.

Une large part des réactions négatives que l’on entend en France repose sur l’idée que les 250 000 télégrammes émanant du réseau diplomatique américain viennent d’être diffusés en ligne sans autre considération, ce qui n’est pas le cas, répète-t-il.

«Je pense que, après quelques jours, l’attention accordée au côté «pirate» de WikiLeaks va s’estomper et que les gens vont voir que ce qui est important, c’est le traitement fait par les journaux», souligne le journaliste du Monde.

Marc Thibodeau
La Presse

site: WikiLeaks


Juin 1989: massacre de la place Tian’anmen (Pékin, Chine)

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photo: Yo Hibino

La place Tian’anmen de Pékin, quand elle n’est qu’un attrait touristique. C’est la plus grande place publique du monde.

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En résumé:

15 avril 1989: Le communiste réformiste Hu Yaobang meurt et les manifestations éclatent sur la place Tiananmen. Étudiants, ouvriers et intellectuels réclament plus de démocratie et dénoncent la corruption du régime.

13 mai 1989: Après un mois d’occupation de la place Tiananmen, les protestataires entament une grève de la faim.

20 mai 1989: Le gouvernement chinois déclare la loi martiale et l’armée entre dans Pékin.

3-4-5 juin 1989: L’armée ouvre le feu sur les manifestants. Dans les jours qui suivent, la Croix-Rouge chinoise estime que 2600 personnes ont perdu la vie. Le gouvernement chinois établit le bilan à 241 morts.

source: La Presse (Montréal, Québec)

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19 mai 1989: le leader étudiant Wu’er Kaixi passe devant les forces de l’ordre.

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2 juin: les protestataires rassemblés sur la place Tian’anmen.

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3 juin

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3 juin: des étudiants essaient de convaincre les policiers de la justesse de leur cause.

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3 juin: devant l’Université de Pékin.

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3 juin

En détail:

Depuis la toute fin des années 1970, la Chine, toujours fermée politiquement, s’ouvre néanmoins sur le plan économique. Des Zones Économiques Spéciales apparaissent sur les littoraux chinois et permettent une première insertion de la Chine dans l’économie mondiale. A l’origine de cette inflexion du régime se trouve le successeur de Mao Zedong, Deng Xiaoping, qui engage le pays dans de nombreuses réformes.

Toutefois, tout au long des années 1980, un bras de fer s’engage entre les tenants d’une poursuite des réformes et les conservateurs, hostiles à toute transformation du régime. Avec la nomination de Li Peng comme premier ministre en 1987, cette dernière tendance semble l’emporter.

À partir de la mi-avril 1989, de nombreux étudiants, des intellectuels et quelques ouvriers se réunissent sur la place Tian’anmen de Pékin (capitale de la République populaire de Chine) afin de manifester leur opposition à la corruption du régime. Ils réclament avant tout des réformes politiques et démocratiques, à l’instar de l’infléchissement perceptible dans l’URSS de Mikhail Gorbatchev. Ce mécontentement est attisé par la politique d’austérité économique alors mise en place depuis quelques mois.

Mais c’est surtout la mort, dans des circonstances suspectes, de Hu Yaobang (un des principaux réformateurs des années précédentes, limogé en 1987 avec l’arrivée au pouvoir de Li Peng), qui met le feu aux poudres. Les manifestants réclament en effet sa réhabilitation et tentent d’obtenir des obsèques nationales. Le 12 mai, plus de 1000 personnes entament une grève de la faim sur la place Tian’anmen. Pendant que la contestation s’étend à la plupart des grandes villes de Chine, de nombreux étudiants de province rallient alors la capitale chinoise pour appuyer les étudiants pékinois.

Face à l’ampleur des manifestations, les autorités semblent désemparées et tergiversent, hésitant entre l’ouverture de négociations ou l’usage classique de la répression. Certains, comme Li Peng, optent pour cette dernière solution, tandis que les réformistes préconisent l’ouverture de négociations avec les étudiants. Parmi ces derniers, Zhao Ziyang parvient pratiquement à convaincre les étudiants de cesser leur grève de la faim. Mais Ziyang est limogé et Deng Xiaoping décide l’établissement de la loi martiale, proclamée le 24 mai par Li Peng. Les étudiants décident alors de rester sur la place Tian’anmen et dressent des barricades.

L’armée intervient dans la nuit du 3 au 4 juin. Les soldats tirent sur les manifestants, puis investissent la place avec des chars, écrasant même les étudiants restés sous les tentes.

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4 juin: manifestante blessée.

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4 juin: les manifestants mettent le feu aux véhicules militaires.

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photo: Catherine Bauknight

4 juin: manifestant blessé.

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4 juin: soldats blessés.

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5 juin

La répression du mouvement provoque un grand nombre de victimes civiles: toutefois, alors que le gouvernement chinois parle de 241 morts, la Croix Rouge chinoise évoque plutôt le nombre de 2,600 à 3,000 morts.

Pendant qu’un calme apparent  règne dans la Chine, le régime reste autoritaire et une violente répression s’instaure, marquée par la délation, de nombreuses arrestations et des exécutions sommaires. Plusieurs dirigeants politiques favorables au mouvement sont limogés et placés en résidence surveillée, notamment le Secrétaire général du Parti communiste chinois, Zhao Ziyang. Le ”printemps de Pékin” prend fin.

La répression du mouvement de contestation porte un coup d’arrêt durable aux réformes politiques en République populaire de Chine. Le gouvernement renvoit les journalistes étrangers et contrôle strictement la couverture de l’événement par la presse chinoise. À l’étranger, la répression provoque une condamnation générale du régime de Pékin.

Aujourd’hui, la simple évocation de ces événements est interdite en Chine. Aucun livre d’histoire ne revient sur les événements de Tian’anmen. Le gouvernement continue de contester le nombre de victimes et tente de discréditer les manifestants. Chaque 4 juin, la place est très surveillée afin d’empêcher toute commémoration (c’est particulièrement vrai cette année puisque 20 ans se sont écoulés depuis).

Enfin, sur internet, les moteurs de recherche Google et Yahoo ont accepté d’empêcher toute recherche sur ces “troubles politiques” (sic) afin d’obtenir l’autorisation de s’installer en Chine. La chape de plomb qui recouvre les événements est telle que beaucoup de jeunes Chinois ignorent ce qui s’est réellement passé ce jour là.

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China Hong Kong Tiananmen Crackdown

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photo: Jeff Widener

source: Wikipedia /  article en français ici et en anglais ici
source: bricabraque.unblog.fr
source: lanuevacuba.com

photos: (inconnu, sauf lorsqu’indiqué)