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Amélie Nothomb / Amélie-san – 4ème et dernière partie


photo: Marianne Rosenstiehl

Depuis la parution en septembre 1992 d’ Hygiène de l’assassin , il n’y a pas de rentrée littéraire sans un roman d’Amélie Nothomb. Le Fait du prince est le 17e à paraître pour ce rendez-vous d’automne (2008). Droite, courtoise, dotée d’une diction et d’une clarté sidérantes, l’écrivain nous a accordé une interview.

propos recueillis par Marie-Françoise Leclère
adapté de l’article paru sur lepoint.fr

… suite et fin de Amélie Nothomb / Amélie-san – 3ème partie (publiée hier)

Le Point : Et le noir ?
A. N. : C’est la seule couleur que je porte. Mais il s’agit d’une facilité, pas d’une philosophie particulière.

Le Point : Comment trouvez-vous vos impeccables titres ?
A. N. : Hygiène de l’assassin , mon manifeste littéraire, mon premier roman paru et le onzième que j’écrivais, a commencé par le titre. Je me suis dit que je devais écrire un livre qui s’appellerait Hygiène de l’assassin ; à moi de me débrouiller. C’est la seule fois. Pour les autres, je procède comme les mamans esquimaux. Je ne sais pas de quoi je tombe enceinte, je fais mon travail et quand le bébé naît, je lui donne un nom en fonction de la tête qu’il a.

Le Point : Dans Le Fait du prince , votre héros se jette dans des orgies de sommeil et de champagne. S’agit-il de fantasmes personnels ?
A. N. : Absolument. Je rêve de dormir et je suis une buveuse de champagne. Mais attention, je ne veux que le meilleur et dans la meilleure compagnie. L’idéal, c’est d’avoir très faim et, même si cela choque les puristes, que le champagne soit très, très froid. On obtient alors un résultat somptueux.


photo: Manuel Lagos Cid

Le Point : Y a-t-il d’autres éléments autobiographiques dans ce livre ?
A. N. : Cette pathologie qui, dans l’enfance, m’empêchait de garder un secret et m’a fait devenir, à l’inverse, une championne olympique du secret. Le dégoût des musées dont je sors à peine. La manie d’inventer des notations musicales…

Le Point : Vous écoutez beaucoup de musique ?
A. N. : Depuis mon premier choc, la Rhapsodie hongroise de Liszt, entendue à trois ans, énormément, dans tous les genres et, encore un goût enfantin, toujours en boucle. Ce qui est terrible pour mon entourage qui, lui, est adulte. Je suis quelqu’un qui ne se lasse pas. Par exemple, si je commence avec le chocolat, je peux en manger jusqu’à la fin des temps. Je ne sais pas ce que signifie le mot “écoeurée”.

Le Point : La jaquette de votre livre est une reproduction d’un portrait de vous signé Pierre et Gilles…
A. N. : C’est une idée folle et mégalomane que j’ai eue après avoir vu l’exposition du début de l’année au Jeu de Paume. À ces artistes immenses, j’ai eu le front de demander et ils ont consenti. Je dois dire que le résultat me comble : le teint pâle, le sang, l’air de sainte d’un temps nouveau, c’est mieux que moi, mais je me reconnais en elle.


source: librairiephilanthropique.wordpress.com

Le Point : Un peu gothique sur les bords…
A. N. : Pourquoi pas ? Il n’y a pas d’incompatibilité. Je ne savais même pas que les gothiques existaient quand ils ont décrété que j’en étais une. Sans doute à cause des vêtements noirs, de certaines références littéraires, de l’absence de peur de la mort. Mais revenons à Pierre et Gilles : ils m’ont octroyé un autre bonheur, celui de titrer ce tableau de 1 m x 1 m qu’il leur appartiendra de montrer ou non. J’ai appelé cette oeuvre Bloody Amélie . Reste à savoir à quel cocktail ignoble cela correspondra.

Le Point : Souffrez-vous des mauvaises critiques ?
A. N. : Pas tellement. D’abord parce que j’avais d’emblée compris qu’il y en aurait. Ensuite, parce que je compare aux propos d’une de mes grand-mères qui était d’une méchanceté célèbre. À mon arrivée en Belgique, à 17 ans, j’étais complexée et mal dans ma peau. Lorsqu’elle m’a vue, elle m’a dit : “Eh bien, ma petite, j’espère que tu es intelligente, parce que tu es tellement laide !” Le traumatisme a été épouvantable. Mais le bon côté de l’affaire, c’est qu’une critique dégueulasse – et j’en ai eu quelques-unes – m’apparaît comme de la gnognotte à côté de ma grand-mère… “Ce qui ne me tue pas me rend plus forte.” C’est exactement ça. Donc, merci à ma grand-mère !

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Pour la petite histoire, Amélie Nothomb est née le 13 août 1967 à Kobé (Japon).
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signature d’Amélie Nothomb

photo: Gind2005

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Liste des romans
(tous parus chez Albin Michel)

Hygiène de l’assassin 1992
Le Sabotage amoureux 1993
Les Catilinaires 1995
Péplum 1996
Attentat 1997
Mercure 1998
Stupeur et tremblements 1999
Métaphysique des tubes 2000
Cosmétique de l’ennemi 2001
Robert des noms propres 2002
Antéchrista 2003
Biographie de la faim 2004
Acide sulfurique 2005
Journal d’Hirondelle 2006
Ni d’Ève ni d’Adam 2007
Le fait du prince 2008
Le Voyage d’hiver 2009.
Une forme de vie 2010.
Tuer le père 2011
Barbe bleue 2012

source: Wikipédia

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Amélie Nothomb / Amélie-san – 3ème partie


photo: (inconnu)

Depuis la parution en septembre 1992 d’ Hygiène de l’assassin , il n’y a pas de rentrée littéraire sans un roman d’Amélie Nothomb. Le Fait du prince est le 17e à paraître pour ce rendez-vous d’automne (2008). Droite, courtoise, dotée d’une diction et d’une clarté sidérantes, l’écrivain nous a accordé une interview.

propos recueillis par Marie-Françoise Leclère
adapté de l’article paru sur lepoint.fr

… suite de Amélie Nothomb / Amélie-san – 2ème partie (publiée hier) …

Le Point : Pourquoi aviez-vous choisi de faire des études de philologie ?
A. N. : Pour Nietzsche, qui était philologue de formation. C’est très prétentieux de dire ça, mais c’est un auteur qui a terriblement compté pour moi, qui m’a donné mon identité. J’ai commencé par Le Crépuscule des idoles et je suis tombée sur cette phrase : “À l’école de la guerre qu’est la vie, ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts.” Cette phrase a été un tel choc pour moi que j’ai lu toute l’oeuvre et opté pour la philologie, qui, en Belgique et en Allemagne, fait l’objet d’une agrégation particulière. En plus, ces études me convenaient parce que j’étais passionnée par le latin et le grec ancien. À 16 ans, je parlais latin.

Le Point : D’où venait ce goût ?
A. N. : Étant fille de diplomate, au fil des postes de mon père, au Bangladesh, en Asie du Sud-Est, je n’avais suivi que des cours par correspondance. J’avais donc pu choisir et approfondir mes matières favorites en toute liberté. Au risque d’apparaître comme une vieille réac, je suis consternée par la disparition de leur apprentissage dans les lycées et collèges. Pour moi, c’est une aberration. En tant qu’écrivain, je dois plus au grec ancien et au latin qu’à tout ce que j’ai pu étudier dans ma vie. C’est l’école par excellence de la syntaxe et de l’économie de langage. Les ruptures de construction, la concision, c’est là qu’on les apprend.


illustration: Charles Janus Monroe

Le Point : Quel était votre sujet de thèse ?
A. N. : Les intransivitations chez Bernanos, une insolence de ma part. Simplifions. J’appartiens à l’une des grandes familles politiques de Belgique qui a toujours incarné la droite catholique. À 17 ans, je débarque dans ce pays que je ne connais pas et j’ai un mouvement de recul quand je découvre mes vieilles tantes : je décide donc d’aller à l’université sans Dieu et non à l’université catholique. Ma famille est scandalisée et l’université sans Dieu aussi, qui se demande ce que je fais là. Pour comble, je choisis Bernanos comme sujet de thèse. Si je cherchais à avoir “le cul entre deux chaises”, je n’aurais pas pu trouver mieux. Moralité : j’ai été seule à un point extraordinaire pendant mes années d’université. Je ne voulais pas du tout être seule, je voulais avoir des amoureux, des copines, mais rien, rien. J’en ai amèrement souffert, mais grâce à ça, j’ai beaucoup travaillé.


photo: Studio Harcourt Paris

Le Point : Êtes-vous “sans Dieu” ?
A. N. : Oui, mais cela ne signifie pas que j’ai tranché la question.

Le Point : Pourquoi affectionnez-vous la forme du dialogue ?
A. N. : Parce que c’est elle qui est la plus proche de ma façon de penser : thèse-antithèse en permanence.

Le Point : Avez-vous été analysée ?
A. N. : Non. Dans mon cas, il y a trop de travail. Si je m’allonge sur le divan, je ne me relève plus.

Le Point : Dans Le Fait du prince , vous écrivez que “le temps ne doit pas être employé”…
A. N. : Parce que je suis contre une conception utilitaire du temps et de la vie en général. Rien ne me choque plus que de voir des écrivains vivre telle ou telle histoire, non dans le but de la vivre, mais dans le but de l’écrire. Bien sûr, il y a une influence inévitable de la vie sur l’écriture, mais le faire exprès, c’est carrément malhonnête, grossier, vulgaire. C’est comme vouloir préméditer une histoire d’amour.


source: bloguestv5.ca

Le Point : Quelle serait votre définition de la vie ?
A. N. : L’exploration des sensations. Sinon à quoi bon avoir un corps ? Par écrit, je fais la même chose.

Le Point : La nature est peu présente dans vos livres…
A. N. : … Mais quand elle l’est, elle y prend une place phénoménale. Cela se sent surtout dans mes livres japonais… Rilke a dit cette chose magnifique : “La nature nous donne l’exemple, parce que la nature va toujours au plus difficile.” J’y songe beaucoup. Au plus complexe de mes livres, il y a la nature, même si je n’en parle pas expressément. Le film que j’évoque dans Le Fait du prince (NDLR, page 118) existe : au moment de mourir au pôle Nord, une femme a filmé une immensité blanche sans contour. Je l’ai vu au Palais de Tokyo à Paris et il m’a bouleversée. Cette neige, ce blanc… j’ai cette théorie que le papier nous a été enseigné par la neige, que la trace dans la neige est la première écriture. Et puis, il y a la page blanche, l’idée de recommencer une vie…

n.b.: toutes les photographies ont été ajoutées à l’article original par citizen zoo

…suite de l’entrevue dans Amélie Nothomb / Amélie-san – 4ème partie…


Amélie Nothomb / Amélie-san – 2ème partie


source: Éditions Albin Michel

Depuis la parution en septembre 1992 d’ Hygiène de l’assassin , il n’y a pas de rentrée littéraire sans un roman d’Amélie Nothomb. Le Fait du prince est le 17e à paraître pour ce rendez-vous d’automne (2008). Droite, courtoise, dotée d’une diction et d’une clarté sidérantes, l’écrivain nous a accordé une interview.

propos recueillis par Marie-Françoise Leclère
adapté de l’article paru sur lepoint.fr

… suite de Amélie Nothomb / Amélie-san – 1ère partie (publiée hier) …

Le Point : Qui est Baptiste Bordave, le héros du Fait du prince ? Qu’y a-t-il de vous en lui ?
A. N. : C’est un imposteur. Suite à un coup du sort ou à un complot, il usurpe une identité et il ne le fait presque pas exprès ; ce qu’il vit est irrésistible et, à sa place, j’aurais fait la même chose. En plus, il usurpe l’identité d’un mort, ce qui est quand même moins grave : un mort n’a plus grand-chose à faire de son identité. Plus sérieusement, je crois que nous sommes tous à des degrés divers, et en particulier les écrivains, des imposteurs. En tout cas, moi, je me sens tout le temps coupable d’imposture et je vis dans la terreur absurde d’être dénoncée. L’absurdité tenant au fait que tout le monde sait que je suis un imposteur, puisque je suis écrivain. Que pourrais-je être d’autre ?
Il y a autre chose, peut-être : ce prénom de Baptiste qui s’est imposé. Quand je suis née, mes parents étaient persuadés d’avoir un garçon qu’ils avaient appelé Jean-Baptiste. Pour une fille, ils n’avaient rien prévu. Alors, ils ont pris le premier prénom venu, qui n’était pas Amélie. En fait, ils ont passé leur temps, ma mère surtout, à m’appeler Claude, Colette, n’importe quoi, jusqu’à se centrer sur Amélie. J’aime bien Amélie, c’est mignon, ça fait soubrette, c’est un petit territoire onomastique qui a bien voulu de moi.


source: Musée Grévin (Paris)

Le Point : De Prétextat Tach, écrivain d’ Hygiène de l’assassin , à Olaf Sildur, double de Baptiste Bordave, en passant par Plectrude ou Textor Texel, vos personnages portent souvent des prénoms et des noms étranges. Comment les choisissez-vous ?
A. N. : Il y a aussi des Pierre, Paul et Jacques dans mes livres. Pour les autres, cela dépend du personnage, évidemment. Je fais des recherches, je fouille l’encyclopédie du XIXe siècle, qui est une mine de prénoms remarquables et inusités, j’en compose aussi, en fonction d’une sonorité ou d’un sens. Pour Attentat , j’ai inventé Épiphane Autos qui, dans une traduction littérale du grec, signifierait “apparition de l’oreille”. Prétextat Tach me plaisait parce qu’il sonnait mal, qu’on pouvait y entendre prétexte à tâche, etc., et qu’en plus, il y a un saint Prétextat (évêque de Rouen, martyrisé en 586).
Bordave et Sildur, ces deux personnages qui n’en forment qu’un, viennent, eux, de Tintin, ma première lecture. Dans Le Sceptre d’Ottokar , Hergé invente deux pays et deux populations, les Syldaves et les Bordures. La contrepèterie donne Syldures et Bordaves, cela me convenait pour un patronyme genre suédois, dont j’avais besoin, et pour le patronyme français.


photo: Dominique Houcmant

Le Point : Avez-vous été de ces enfants précoces qui se lancent très tôt dans l’écriture ?
A. N. : Non. J’appartiens à une famille où la littérature est vénérée, les écrivains considérés comme des dieux. Comment aurais-je osé me comparer à ces gens-là ? Je me disais : qui suis-je, moi, misérable vermisseau, pour m’imaginer que l’écriture m’est accessible ? En revanche, je me racontais continuellement des histoires, j’avais une épopée dans la tête. C’était génial, j’adorais m’isoler, je me mettais sous un drap parce que, là, l’histoire marchait mieux.
Puis à 12 ans, plus rien. Silence. Le récit s’était arrêté. J’ai eu l’impression d’une chute, d’une perte d’identité, d’une sclérose, l’impression tout à coup d’être morcelée, alors qu’avant, ce récit continuel m’unifiait. À 17 ans, j’ai lu Nietzsche et Rilke. Une illumination : j’ai compris que la question était mal posée. Oui, j’avais le droit d’écrire, pas parce que j’avais du talent, mais parce que c’était une nécessité vitale. Je m’y suis mise et, miracle, l’ancien récit a repris sous forme écrite. La vie est tellement mieux avec lui.
J’ai 40 ans, il y a donc vingt-trois ans que j’écris sans interruption, à l’exception d’un dimanche matin où j’avais décidé de dormir ou de lire au lit, comme une personne normale. Ça a été l’horreur, un sentiment de dépossession totale. J’avais 30 ans et je n’ai plus jamais recommencé.


capture d’image de l’émission “Des livres et nous” (présentée sur TV Amiens)

Le Point : Vous êtes une grande lectrice. Que lisez-vous en ce moment ?
A. N. : Tout bêtement la Rentrée Albin Michel. Mes collègues en quelque sorte.

Le Point : Éprouvez-vous un sentiment d’appartenance à une génération, une école ou un mouvement ?
A. N. : À tort ou à raison, je n’en éprouve aucun. Il y a des écrivains que j’aime beaucoup, mais je ne me reconnais pas en eux. Quant à ce qui est générationnel, ça ne m’intéresse pas. D’innombrables lycéens envoyés par des professeurs sans scrupules me demandent à quel mouvement littéraire j’appartiens et je ne peux pas leur répondre que ça n’existe pas, ils seraient désespérés, mal notés, etc. Alors, j’ai une réponse toute faite, qui visiblement convient à l’école littéraire du romantisme belge, une appellation qui me paraît comique en elle-même et qui ne signifie absolument rien.

n.b.: toutes les photographies ont été ajoutées à l’article original par citizen zoo

…suite de l’entrevue dans Amélie Nothomb / Amélie-san – 3ème partie…


Amélie Nothomb / Amélie-san – 1ère partie


photo: Franck Fife

Depuis la parution en septembre 1992 d’ Hygiène de l’assassin , il n’y a pas de rentrée littéraire sans un roman d’Amélie Nothomb. Le Fait du prince est le 17e à paraître pour ce rendez-vous d’automne (2008). Droite, courtoise, dotée d’une diction et d’une clarté sidérantes, l’écrivain nous a accordé une interview.

propos recueillis par Marie-Françoise Leclère
adapté de l’article paru sur lepoint.fr

Le Point : On sait que vous écrivez énormément…
Amélie Nothomb : Je vais vous donner tous les chiffres : Le Fait du prince est le 61e de mes livres et le 63e est en train. J’écris 3,7 romans par an, les uns à la suite des autres. En décembre, je relis tout ce que j’ai écrit dans l’année et je choisis ce qui sera publié l’année suivante, toujours parmi les récents. Je ne retourne jamais dans ce que j’appelle les vieilleries.

Le Point : Cela nous vaudra-t-il un jour une déferlante de textes inédits ?
A. N. : Je ne vais pas cesser d’écrire et mourir tout de suite n’est pas dans mes projets, mais j’ai déjà pris toutes les mesures, y compris testamentaires, pour que mes inédits ne soient jamais publiés. Il n’est pas exclu qu’au moment de ma mort, j’aie complètement sombré dans l’oubli, ce qui réglerait la question, mais comme on ne peut pas tout à fait écarter la possibilité que quelques tordus se souviennent de moi, je me suis prémunie. Je suis absolument pour la souveraineté des volontés de l’auteur dans ce cas-là. Même s’il se trompe.


source: premiere.fr

Le Point : Qu’est-ce qui vous détermine au moment du choix ?
A. N. : Ni une humeur ni un état d’âme, plutôt une vision d’ensemble. Je choisis en fonction de tous mes livres antérieurs, avec l’envie d’atteindre de nouvelles frontières. C’est territorial, un peu comme Napoléon qui prendrait une carte du monde et se demanderait quel pays il va conquérir l’année suivante.

Le Point : Vous parlez en stratège…
A. N. : Certainement. Je dis conquête. Mais en ce qui concerne le public, la comparaison ne tient pas. Ce serait trop beau ou trop laid si l’on pouvait savoir à l’avance ce qui va plaire et à qui. La publication est une conquête en forme de questionnement : qui vais-je conquérir avec ça ?

Le Point : Vous avez quand même un public de convertis…
A. N. : Oui, mais rien n’est jamais acquis. De plus, même les plus fidèles d’entre eux peuvent ne pas aimer tel ou tel de mes livres. Le contraire serait malsain. Et puis, les nouveaux lecteurs m’intéressent.

Le Point : Beaucoup de jeunes, dit-on.
A. N. : Pas exclusivement. Mais on remarque plus les jeunes, ne serait-ce que parce qu’il est dans leur nature de se faire remarquer.


Amélie-san au Japon

capture d’image du documentaire “Une vie entre deux eaux” (présenté sur RTBF)

Le Point : On dit aussi que vous tissez avec ces lecteurs des liens assez étroits. Répondez-vous aux lettres qu’ils vous adressent ?
A. N. : Évidemment pas aux lettres obscènes, stupides ou aux lettres d’insultes. Mais j’en reçois de si belles, de si riches qu’il serait au-dessus de mes forces de ne pas y répondre. Cela dit, c’est franchement une folie de consacrer cinq heures par jour au courrier des lecteurs. J’espère qu’un jour j’atteindrai la santé mentale qui me permettra de m’en passer. Sans parler des mésaventures que ce comportement peut occasionner ! Car on ne peut pas deviner quelle réaction vont engendrer des propos au départ charmants et extrêmement cordiaux. On approche parfois du Misery de Stephen King, cette histoire d’écrivain séquestré.

Le Point : Une fois choisi en décembre le manuscrit que vous remettrez à votre éditeur en mars suivant, le retravaillez-vous beaucoup ?
A. N. : Non. Je travaille énormément au moment de l’écriture, mais quand l’accouchement est fini et que je suis enceinte du livre suivant, c’est-à-dire dès le lendemain, je considère qu’il est trop tard. Si je n’ai pas réussi à investir dans un livre tout l’amour et tout le soin nécessaires lorsque je l’écrivais, c’est que ça n’en valait pas la peine. Je ne crois pas beaucoup aux corrections ultérieures. Bien sûr, il y a toujours de petites bagarres avec mon éditeur à propos de tel ou tel détail, mais ça devient de la diplomatie, de la politique.


photo: Lolavi

Le Point : Décrivez-moi une de vos journées…
A. N. : Je crains d’être désespérante parce que mon rituel ne change pas. C’est vraiment devenu un rythme biologique ! Je me réveille tous les jours à 4 heures du matin et, même si je suis fatiguée, la machine fonctionne : je me mets à écrire, toujours sur des cahiers à spirale et à petits carreaux en papier recyclé, toujours avec des Bic cristal encre bleue. J’enchaîne avec le courrier et, en saison, avec les interviews. Pour le reste, j’ai une vie amoureuse importante, des amis, je fais les courses, la vaisselle, la lessive et, quand je me couche à minuit, je suis claquée. Mes nuits sont si courtes que je n’ai même plus le temps d’être insomniaque et que je rêve parfois d’orgie de sommeil. Mais je ne peux pas ne pas écrire.

n.b.: toutes les photographies ont été ajoutées à l’article original par citizen zoo

suite de l’entrevue dans Amélie Nothomb / Amélie-san – 2ème partie… 


Albert Camus | un assassinat ?



source: Le Journal d’Alger

Qui veut la peau d’Albert Camus ?

“Pour peu qu’elle soit suffisamment tragique et/ou mystérieuse, la mort des grands hommes est toujours susceptible d’alimenter les théories du complot. On a peu l’habitude, en revanche, de voir des hommes de lettres, moins encore des poètes, échafauder des thèses échevelées pour impliquer les hautes sphères économiques ou politiques dans un accident, un suicide ou un décès naturel. C’est aujourd’hui le cas, quoique à titre posthume, à travers les allégations du poète et traducteur tchèque Jan Zábrana, pour qui la disparition d’Albert Camus dans un accident de voiture en 1960 aurait été manigancée par le KGB.

C’est du moins ce qu’affirme Giovanni Catelli, auteur italien et amoureux de l’Europe de l’Est, dans le quotidien italien Corriere della Serra. Il assure avoir découvert cette thèse dans le journal de Zábrana, gros de plus d’un millier de pages, et dont une partie a été publiée en France et en Italie bien après sa mort, en 1984. […]”

extrait de: Qui veut la peau d’Albert Camus ? (L’écrivain est mort il y a 51 ans dans un accident de voiture. Un auteur italien prétend y voir, aujourd’hui, la main du KGB.)
par Marion Coquet in lepoint.fr
Publié le 09 août 2011


photo: (inconnu)

Albet Camus en 1947.

Rivelazioni – Cinquantuno anni fa il premio Nobel moriva in un incidente

Il giallo Camus

Una confessione inedita rilancia l’ipotesi del delitto politico. L’ombra del Kgb dietro la sua fine: una vendetta dopo i fatti di Budapest

source: Corriere della Serra
publié le 1er août 2011

L’article de référence de Marion Coquet est celui de Dario Fertilio publié le 1er août 2011 dans le Corriere della Serra sous le titre principal : “Il giallo Camus” et qui débute ainsi :

“È la scena di un delitto probabile, quasi certo. Muore Albert Camus, 46 anni, di professione scrittore, autore dello Straniero, della Peste, del Mito di Sisifo, della Caduta, il più giovane letterato mai insignito di un Nobel. Il suo è un incidente d’auto inspiegabile e fatale; un caso che pareva destinato a dormire negli archivi francesi, tra i misteri insoluti. Invece la chiave si trovava da tutt’altra parte, molto più a Est, e là sarebbe rimasta se la vedova di uno scrittore ceco non avesse incontrato uno slavista italiano, mostrandogli certi documenti, rivelandogli due nomi. Ed ecco la verità: la ragionevole convinzione che Camus sia stato assassinato dal Kgb, addirittura su ordine di un ministro di Mosca, perché tacesse una volta per tutte dopo le denunce pubbliche sull’invasione sovietica in Ungheria. […]”


photo: (inconnu)

Et le 18 septembre 2011 est parue sur le blog lucky.blog.lemonde.fr une lettre de Giovanni Catelli en réponse à Olivier Todd et à Michel Onfray, lettre que je vous invite à lire ici:
Mort d’Albert Camus, l’hypothèse d’un attentat : Giovanni Catelli répond à Olivier Todd et à Michel Onfray.

A la lumière de ces publications, citizen zoo se réserve le droit de ne pas avoir d’opinion sur le sujet. D’une part parce que ces allégations de complot, quoique comportant une certaine logique, n’en sont qu’à leurs premiers balbutiements et que les preuves réelles restent à faire; d’autre part parce qu’il est de notoriété publique que les théories de complot foisonnent depuis les événements du 11 septembre 2001 et que dans ces théories, tout semble vrai en même temps que faux, dépendant du bout de la lorgnette duquel l’on regarde les faits.

De toutes façons, que nous nous prononcions ici en faveur ou non de cette hypothèse d’assassinat ne changera rien à la situation : Albert Camus est mort et il ne nous reste plus de lui que ses oeuvres. Notre but n’est que de vous informer de ces allégations par rapport à sa mort et il est libre à vous de poursuivre votre quête d’une nouvelle vérité, si elle existe. Toutefois, advenant des avancées majeures dans ce dossier, nous nous ferons un devoir de vous en faire part.


Bibliothèque numérique mondiale

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capture d’écran: BNM

L’UNESCO a officiellement lancé le 21 avril dernier sa Bibliothèque numérique mondiale (BNM) en ligne. Gratuite, elle propose une sélection de documents issus des grandes bibliothèques internationales. Objectifs : permettre au grand public d’accéder facilement, à l’aide d’internet, à des oeuvres exceptionnelles, développer le multilinguisme et réduire la fracture numérique entre les peuples.

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image: BNM

Plus d’une trentaine de bibliothèques de dix-neuf états, dont la France (Bibliothèque nationale de France), ont participé au lancement de la bibliothèque numérique internationale de l’UNESCO, disponible gratuitement en ligne. D’autres pays devraient rapidement se lancer dans cette aventure qui a démarré en 2007, suite à un accord signé par Abdul Waheed Khan, sous-directeur général de l’UNESCO pour la Communication et l’Information, et le bibliothécaire du Congrès américain, James H. Billington, au siège de l’UNESCO à Paris, en octobre 2007. Une soixantaine de pays partenaires sont prévus d’ici à fin 2009.

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photo: (inconnu)

L’objectif est ambitieux : donner l’accès à des oeuvres souvent rares et uniques (livres, manuscrits, cartes, films, enregistrements…) au plus grand nombre. On trouve dans cette BNM des textes exceptionnels qui ont été numérisés pour pouvoir être consultés, gratuitement, sur Internet, dont, à terme les 134 millions de documents (dans plus de 450 langues) de la Bibliothèque du Congrès (Washington), considérée comme la plus grande bibliothèque du monde. Les portails de navigation et les contenus sont disponibles en sept langues : anglais, arabe, chinois, espagnol, français, portugais et russe.

BMN
photo: (inconnu)

« Les bibliothèques sont des lieux clés pour assurer l’accès universel à l’information et pour construire des sociétés du savoir », commente Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture. Parmi les « trésors » déjà consultable en ligne : des photos du débarquement en Normandie, la Constitution américaine ou encore des peintures rupestres africaines, vieilles de plus de 8 000 ans. On pourra également y apprécier l’un des premiers enregistrements de La Marseillaise (de 1898) ou des films tournés en noir & blanc à la fin du XIXe siècle.

par Jacques Brinon
photo: Jacques Brinon

La BNM complète les deux grandes bibliothèques actuellement en ligne, Google Book Search et Europeana, qui proposent de consulter des millions de livres sur Internet.

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photo: Frédéric Grimaud

source du texte: developpementdurablelejournal.com

DU CÔTÉ DE GOOGLE:


books_logo
image: Google

Google Books s’est donné pour mission “d’organiser l’information à l’échelle mondiale et de la rendre universellement accessible et utile”. En numérisant le plus de livres possible : universités, bibliothèques et maisons d’édition du monde entier, offrent leurs contenus à la mise en ligne.

Les livres sont proposés sur le site sous trois formes, en fonction des accords avec les acteurs du secteur :

1-Les ouvrages encore disponibles sur le marché : l’internaute a accès, ou non, à des extraits choisis, selon la clause conclue avec l’éditeur. Il est ensuite dirigé vers une application qui lui permet d’acheter le livre en ligne. Il peut aussi localiser des librairies et des bibliothèques pour le trouver dans sa version papier.

2-Les ouvrages dont le tirage est épuisé : le lecteur peut les consulter en totalité. Google Books évoque “une véritable aubaine pour l’éditeur” car il perçoit, ainsi que l’auteur, une rémunération “pour des livres disparus du marché”. Seul hic : si ces derniers ne veulent pas être publiés sur le site américain, c’est à eux de demander la “désactivation” du titre.

3-Les ouvrages “non soumis au copyright” : ce sont les livres “orphelins”. Personne n’en détient les droits. Par exemple, en France, 70 ans après la mort de l’auteur, ou aux Etats-Unis, s’il n’y a pas de détenteur identifié, les livres entrent dans le domaine public. Google Books permet aux utilisateurs de lire, télécharger et d’imprimer ces titres, dans leur totalité et gratuitement.

source: medialivre.info/lireautrement/

lien vers: Google livres

GOOGLE LIVRES: L’ENVERS DE LA MÉDAILLE

BIBLIOTHÈQUE NUMÉRIQUE
Les éditeurs français dénoncent Google Livres
(En France aussi, Google Livres est sur le banc des accusés.)

Par Guerric Poncet
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Publié le 24/09/2009 – Modifié le 25/09/2009

par Justin Bailie
photo: Justin Bailie

La justice française va devoir se prononcer sur Google Livres. Les éditions du Seuil et le Syndicat national des éditeurs français (SNE) poursuivent, depuis 2006, le géant de l’Internet pour contrefaçon. En cause, le service Google Livres, au travers duquel Google constitue depuis 2005 une bibliothèque virtuelle, en scannant des ouvrages à la chaîne et parfois sans autorisation des ayants droit. Inadmissible pour de nombreux éditeurs, qui se soulèvent contre le projet visant à créer une bibliothèque numérique mondiale accessible à tous.

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photo: (inconnu)

15 millions d’euros, et 100.000 euros par jour

Jeudi 24 septembre, devant le tribunal de grande instance de Paris, Me Yann Colin, l’avocat de La Martinière (qui contrôle les éditions Le Seuil), a demandé quinze millions d’euros de dommages et intérêts, assortis d’une astreinte de 100.000 euros par jour par infraction constatée. “Il faut une astreinte lourde parce que, face à Google, il faut avoir des arguments convaincants”, a-t-il martelé, rappelant le colossal chiffre d’affaires annuel de Google : environ “21,8 milliards de dollars”. Le jugement a été mis en délibéré au 18 décembre.

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“Cette espèce d’arrogance qui fait qu’on vous prend vos livres et qu’on les numérise sans vous demander votre avis, ce n’est pas possible”, explique Hervé de La Martinière, pdg du groupe La Martinière, dont plusieurs milliers d’ouvrages ont été numérisés et mis à disposition sur Internet. De son côté, le SNE estime avoir, “en droit français, toutes les raisons d’avoir assigné Google”, tout en soulignant “l’unanimité” des adhérents du syndicat à ce sujet.

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source: allaboutjd.com

Google affiche sa bonne volonté

Chez Google, le mot d’ordre semble être de faire profil bas. “Notre but reste de redonner vie à des millions de livres épuisés parmi les plus difficiles à trouver, tout en respectant le droit d’auteur”, explique une porte-parole. Le groupe a déjà fait des concessions importantes devant la Commission européenne , qui lui a demandé de s’expliquer sur son projet début septembre. La polémique est alimentée en France par la volte-face récente de la Bibliothèque nationale de France, qui semble renoncer petit à petit à son propre projet de numérisation pour se tourner vers un partenariat avec Google, moins coûteux.

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photo: (inconnu)

Aux États-Unis, le projet Google Books est aussi dans la tourmente. À New York, le projet d’accord sur le livre numérique entre le géant du Net et les éditeurs et les auteurs américains a été retiré. Il est en cours de renégociation sous la surveillance des éditeurs européens et du ministère de la Justice américain.

source: lepoint.fr