mon regard sur notre monde / pour des éléments d'exploration, d'information et de réflexion

radio-canada.ca

Québec | Enfin une révolution sociale dans la Belle Province


source: lecoindefranie.centerblog.net

par Jean Barbe, écrivain, éditeur et journaliste chroniqueur
Le Monde
15 mai 2012

Depuis quatorze semaines, plus du tiers des étudiants du Québec sont en grève et manifestent par milliers, paralysant les rues de Montréal tandis que klaxonnent les automobilistes coincés dans leur voiture et que des citoyens du haut de leurs balcons agitent le fameux carré rouge, symbole du mouvement. L’augmentation de 75 % des frais de scolarité sur cinq ans ne passe tout simplement pas.

Le gouvernement du Québec, dirigé par le premier ministre Jean Charest, ne s’attendait pas à une telle résistance. Il croyait rééditer son coup de 2005, date de la précédente grève étudiante, et semer la discorde entre les associations étudiantes pour réussir à écarter des négociations la plus revendicatrice d’entre elles, la Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante (la Classe), et s’entendre avec les deux autres.


source: ginfis.canalblog.com

Mais cette stratégie a fait long feu. Des Québécois de toutes allégeances et de tous les milieux se sont levés pour appuyer les étudiants tandis que d’autres, soupçonneux de cette élite en devenir, réclament un rapide retour en classe.

Depuis, la situation pourrit.

Le gouvernement formé par le Parti libéral, dont l’histoire récente a été entachée de soupçons de malversation, de corruption et de complaisance envers de grandes entreprises étrangères (à qui l’on s’apprête à brader les ressources minières et forestières du Grand Nord québécois dans le cadre du “Plan Nord” engagé par le premier ministre), voyait, depuis des mois, les sondages montrer un taux d’insatisfaction à son égard dépassant les 70 %.


photo: Lord Eihwaz

Assuré de perdre les prochaines élections, prévues avant la fin 2013, il a sauté sur l’occasion pour tâcher de se relancer en faisant preuve d’une fermeté qu’on ne lui connaissait pas et en réprimant le mouvement de manière musclée.

Le premier ministre a refusé pendant dix semaines de négocier avec ceux qu’il appelle des “enfants rois” ne voulant pas payer leur “juste part”. Puis, à la onzième semaine du conflit, il a convoqué les leaders étudiants pour concocter un plan de sauvetage.

Mais ses offres ont été massivement rejetées par les assemblées générales étudiantes, à hauteur de 80 % de leurs membres. Ce sont maintenant les tribunaux qui se chargent de mettre de l’ordre.


photo: Robert Skinner

En apparence, du moins, puisque certains réclament auprès des juges des injonctions personnelles ordonnant aux directions des collèges et facultés d’offrir les cours auxquels ces étudiants “ont droit”, tandis que d’autres continuent de faire grève et les empêchent d’entrer. Droit individuel contre droits collectifs.

Ces injonctions prévoient de fortes amendes aux contrevenants et même des peines de prison. C’est donc escortés de policiers que certains étudiants se rendent à leurs cours, devant des professeurs médusés et contraints d’enseigner la démocratie à ceux qui la nient.

Pendant ce temps, les fractions les plus radicales du mouvement étudiant s’impatientent et commettent des actes qui les isolent. Quatre bombes fumigènes placées dans le métro ont paralysé la circulation à Montréal pendant deux heures le 10 mai. Tout de suite, de manière quasi miraculeuse, des photos de suspects ont été diffusées par la police et relayées par la presse. Des accusations de méfaits et de simulation d’acte de terrorisme seront déposées contre eux.


source: ssjbmauricie.qc.ca

Terrorisme. Le mot est lâché. Ce n’est pas rien. Comme disait Robert Charlebois : ” A soir, on fait peur au monde !”

Déjà, au début du conflit, le gouvernement libéral avait tenté de discréditer le mouvement de grève en parlant de boycott. Jamais, dans toute l’histoire du Québec, cela ne s’était produit.

Jamais on n’avait remis en question la légitimité des assemblées générales étudiantes. Jamais on n’avait voulu briser le lien qui unit les étudiants et les étudiantes d’un même collège, d’une même université, et cet exercice démocratique qui en est l’expression.


source: milieetgex.blogspot.ca

C’est cette négation de la démocratie étudiante qui a envenimé un conflit qui s’étend maintenant bien au-delà de la stricte augmentation des frais de scolarité. Car il apparaît qu’au Québec, la démocratie n’appartient qu’à ceux qui détiennent le pouvoir, et pas à ceux qui le contestent.

Ainsi ceux et celles qui refusent de livrer le Québec à la rapacité néolibérale ont joint leurs voix à celle des étudiants. Même des manifestations d’ampleur historique ne sont pas parvenues à ébranler le gouvernement, qui tentera bientôt de se poser en “sauveur de l’ordre” en maîtrisant, par la force s’il le faut, ce chaos social dont il est en grande partie responsable.

Et voilà le Québec déchiré en deux. Nous en avions l’habitude, depuis près de quarante ans. Mais cette déchirure avait plutôt pour cause ce qu’il est convenu d’appeler “la question nationale “, entre défenseurs de l’unité canadienne et partisans de l’indépendance du Québec. Ce débat nous a fait oublier que nous pouvions nous battre pour autre chose.


source: radio-canada.ca

C’est que le Québec n’a jamais vécu de véritable révolution. Il en avait fait l’économie. Au Québec, semblait suffire une “révolution tranquille”, comme on en est venu à désigner la période de modernisation accélérée qu’a connue la Province au cours des années 1960. Elle aurait suffi, si nous étions allés au bout de nos idées. La gratuité scolaire était d’ailleurs l’un des principaux objectifs affichés.

Mais ces idées ont été détournées. De l’éducation gratuite à la nationalisation de nos ressources naturelles, de ce filet de protection sociale à cette volonté d’égalité des chances, les Québécois ont vu les adeptes du néolibéralisme lentement mais sûrement désosser ce projet jusqu’à ce qu’il ne ressemble plus qu’à ces fameuses “enveloppes brunes ” employées pour distribuer des pots-de-vin, comme le laissent entendre de récents scandales qui lieraient le secteur du bâtiment au Parti libéral.


photo: (inconnu)

La grève étudiante se réglera, d’une manière ou d’une autre, sans doute au détriment de ceux qui se sont le plus investis dans ce mouvement historique. Mais même si les étudiants retournent bientôt en classe, ils auront suffisamment secoué le cocotier québécois pour que, dans les années à venir, les choses ne soient plus tout à fait pareilles. Des politiques injustes n’en restent pas moins injustes parce que les gens “en ont assez”.

La colère s’est implantée dans de nombreux coeurs. Les étudiants, les médias, les responsables politiques, les voisins, les frères et les soeurs, tous ont dû prendre parti et afficher leurs couleurs. Voilà qui ne s’oubliera pas de sitôt. Les Québécois s’impatientent et réclament de pouvoir de nouveau discuter collectivement de leur avenir et de leurs valeurs, qui ne sont peut-être pas exactement celles du libre marché. Ça risque de brasser !

Jean Barbe est l’auteur de plusieurs romans, dont “Comment devenir un Ange” (Actes Sud Leméac, 2006), “Comment devenir un monstre” (Actes Sud, 2007) et “Le Travail de l’huître”, (Leméac, 2008).


a posteriori … Qui gagne perd…


Maryse Deraîche

photo: Paul-André Larocque

par Maryse Deraîche

L’obésité est le nouveau sujet à la mode. Nous sommes saturés d’émissions de perte de poids extrême, de conseils nutritionnels ou encore de dvd d’exercices réalisés par la toute dernière vedette « has been ».

De nos jours, si nous ne mangeons pas six portions de fruits et de légumes quotidiennement, si nous ne faisons pas trente minutes d’exercice soutenu ou si nous avons le malheur de fumer, nous méritons nos malheurs! Les polémistes radiophoniques s’en donnent à cœur joie en pointant du doigt et en jugeant un problème complexe en l’attribuant à une seule cause : les mauvais comportements individuels.

À tout ceci je réponds « fuck you »! On dit qu’il ne faut jamais juger avant d’avoir marché un mille dans les souliers d’un autre. Je reprends ces sages paroles en vous disant : si vous n’avez jamais été obèse ou proche d’une personne obèse, gardez vos petites réflexions insipides pour vous!


photo: Paul-André Larocque

Je me nomme Mariz, j’ai 31 ans, je mesure 5 pieds et 8 pouces (ndlr: 1,73 m), je pèse 145 livres (ndlr: 66 kg), je suis blonde et belle! Il y a deux ans j’aurais plutôt affirmé ceci : « je me nomme Mariz, j’ai 29 ans, je mesure 5 pieds et 8 pouces (ndlr: 1,72 m), je pèse 360 livres (ndlr: 163 kg), je suis obèse! »

Comment la deuxième Mariz est devenue la première me demanderez-vous. Simple! Science et logique! En faisant expertiser, par des professionnels de la santé, un problème métabolique récurrent et en procédant à une intervention chirurgicale complexe, lourde de conséquences et encore expérimentale. Solution facile! Certains le pensent, beaucoup le disent et plusieurs me rendent malade…

Après trois ans d’attente, de rencontres avec mon médecin, mon chirurgien, ma nutritionniste, ma kinésiologue, après avoir assisté à plusieurs conférences données par des chercheurs en obésité, après avoir lu tout ce qui a été écrit sur le sujet, après tout cela, je suis sortie du bloc opératoire.

Solution facile, le pensez-vous encore? Lorsque votre intérieur a été brûlé, découpé, rebranché, recousu… Lorsque vous ouvrez les yeux et que la seule chose que vous souhaitez c’est qu’ils se referment au plus maudit parce que la douleur est insoutenable… Lorsque vous avez l’impression qu’un train vous a trainé sur des kilomètres, à ce moment même, vous croyez qu’elle était facile cette avenue?

Vous souhaitez connaître la première phrase qui est sortie de ma bouche après avoir été modifiée de l’intérieur? Bien sûr… Lorsqu’un infirmier est venu m’aider à me lever, trois heures seulement après l’intervention, je l’ai regardé, les yeux noyés de morphine, et j’ai dis : « si jamais un jour quelqu’un vient me dire que c’était la solution facile, je lui CALISSE mon poing sur la yeule ». Ma copine l’a trouvé pas mal bonne et elle a su que tout allait bien, que j’étais toujours en vie!


photo: Paul-André Larocque

Le portrait qui est peint des obèses n’est en fait qu’une partie de la réalité et moi, je ne m’identifie pas à cette réalité. Je ne me suis pas mise à engraisser à la suite d’un échec amoureux ou parce que mon père m’a violée étant enfant, je n’entretenais pas de rapports conflictuels avec la nourriture, je ne m’isolais pas dans un 2 ½ crasseux parce que j’avais peur du regard des gens, je ne m’empiffrais pas de « junkfood » toute la journée, je ne couvrais pas mon corps de vêtements trop grands…

Quoi que je fasse, les kilos ne faisaient que s’accumuler avec les années. Pourquoi? Malgré les régimes, l’entrainement physique, la restriction, je n’arrivais à rien. Tout ce qui augmentait, c’était mon sentiment de culpabilité et d’injustice. Malgré cela, j’avais une vie relativement normale! J’avais des amis, des amoureux, des amants, une vie sexuelle…

J’allais à l’université même si les sièges étaient trop petits pour mon derrière, je sortais dans les bars et les soirées, je tentais de me réaliser malgré les regards. Vous savez, ces regards accusateurs qui me laissaient croire que mes difficultés corporelles m’étaient entièrement attribuées et que c’était « bien fait » pour moi. Ces regards de dédain qui me scrutaient des pieds à la tête. Ces regards, ces foutus regards! Lorsqu’ils étaient accompagnés de chuchotements et de rires, ils étaient sanglants! Malgré tout cela, je fonçais dans la vie! Je savais qu’un jour on me jugerait pour ce que je suis et ce que je fais et non pas parce que je prends deux sièges dans l’autobus…


photo: Paul-André Larocque

On éprouve rarement de la compassion pour les personnes obèses… Pourquoi se mettre à la place d’un obèse, il a juste à arrêter de manger!

Tu as une vie normale aujourd’hui me direz-vous. Peut-être, vu par des yeux extérieurs, mais je serai à tout jamais une obèse. Il y a deux côtés à ma médaille et je dois apprendre à accepter le revers. Je devrai à tout jamais « dealer » avec les regards. Ils sont différents certes, mais toujours existants, toujours aussi accusateurs… Lorsque je raconte mon récit, il y a certaines personnes qui me regardent comme-ci je ne méritais pas ma beauté. Pour eux, je ne ferai jamais parti des leurs, je serai à tout jamais la grosse qu’on méprise.

Lorsque j’étais obèse, on ne pouvait s’y méprendre… Lorsque je faisais une rencontre, mon partenaire était parfaitement conscient qu’en enlevant mes vêtements, il y trouverait un corps gros et déformé. Maintenant, mon apparence devient un mensonge sans que je ne le veuille. Si j’effectuais des rencontres aujourd’hui, je n’aurais d’autres choix que d’en parler avant que les évènements s’enchainent, car la surprise serait mauvaise! Comment expliquez que même si je suis jolie, une fois nue je suis une toute autre personne? Et si je ne disais tout simplement rien… Quels types de réaction pourraient produire mes seins vides et mes cuisses flasques? À quel point est-on ouvert d’esprit?


photo: Paul-André Larocque

Certains individus, adeptes du positivisme, me diront : « mais tu peux t’habiller où tu veux maintenant, tu n’as plus ce problème et tu peux t’asseoir dans un siège étroit». Vrai! Par contre, le bonheur ne se résume pas à ce que l’on perçoit. Mes os sont heureux, mon rythme cardiaque me remercie, mes articulations trépignent de bonheur, mais ma peau est triste…Elle est toujours là! Plus molle, plus plissée… Notre société nous inculque qu’une femme perd sa beauté au même rythme qu’elle accumule les années. Pour ma part, ma jeune beauté est un euphémisme. Ce n’est qu’une illusion d’optique. Il ne faut pas juger un livre à sa couverture.Vrai, tellement vrai! Ma couverture est magnifique, mais mes pages sont fripées, usées, elles ont été bafouées, pliées et même déchirées…

Suis-je heureuse aujourd’hui? OUI! J’apprends à aimer mon nouveau livre, car malgré son apparence, il est rempli de force et de courage. J’aurai sûrement recours à la chirurgie esthétique un jour, mais même si je réussissais à accumuler l’argent nécessaire à la réparation de mon corps, je devrai tout de même apprendre à vivre avec ces blessures. Je suis de celles qui croient que la force et l’équilibre sont puisés dans le fait d’assumer qui on est, et cela, dans son intégralité. La grande question : « reproduirais-tu les mêmes gestes à la suite du résultat connu? ». OUI, sans hésitation! Il faut seulement être conscient que, comme dans tout, une action conduit toujours à des résultats inattendus et il faut être en mesure de les accepter.

Vous croyez toujours que cette intervention est une solution facile? Je mènerai un combat jusqu’à ma mort. Il est juste différent maintenant…

source: urbania.ca

————————————————————

entrevue avec Maryse Deraîche sur radio-canada.ca

entrevue avec Maryse Deraîche sur tvanouvelles.ca

————————————————————

Reine d’un jour


capture d’écran de la page d’accueil d’Urbania
(la photo y incluse est de Paul-André Larocque)

par Sylvie St-Jacques
La Presse
13 avril 2012

Sur son fil Twitter, Maryse Deraîche ne tarit pas d’enthousiasme pour la célébrité instantanée que lui a valu son texte «Qui gagne perd…», paru cette semaine sur le site d’Urbania. «Quelle fabuleuse expérience!», se réjouit la jeune femme de Québec de 31 ans qui s’est mise à nue au propre comme au figuré dans ce qui est «probablement l’un des articles les plus troublants [et émouvants] de l’histoire d’Urbania».

Il y a deux ans, celle qui emprunte le pseudonyme Mariz était obèse: elle pesait 360 livres. Aujourd’hui, elle se présente comme «belle et blonde» et pèse 145 livres pour ses 5 pi 8 po (1,72 m). Le photographe Paul-André Larocque l’a immortalisée d’abord en svelte et fougueuse vamp, puis en costume d’Ève où est révélé le triste spectacle de ses chairs évidées et pendantes que dissimulent avantageusement des vêtements ajustés.

«C’est très personnel comme article. Quand on a subi un changement corporel de la sorte, on ressent le besoin de coucher ça sur papier», exprime Maryse Deraîche, au bout du fil, qui espère que cet article réalisé avec son meilleur ami, le photographe Paul-André Larocque, «ouvrira les horizons des personnes obèses et fera la preuve qu’il n’y a rien de miraculeux dans la vie.»

Impact social

Dans son témoignage coup-de-poing, Maryse Deraîche s’en prend à une société qui rend les obèses et les personnes aux comportements «incorrects» responsables de leurs maux.

«De nos jours, si nous ne mangeons pas six portions de fruits et de légumes quotidiennement, si nous ne faisons pas 30 minutes d’exercice soutenu ou si nous avons le malheur de fumer, nous méritons nos malheurs!» écrit celle qui tient «un problème métabolique récurrent» responsable de son surpoids.

L’amincissement de Maryse Deraîche n’est pas le résultat d’un régime, puisque la jeune femme a plutôt choisi de prêter son corps à la science. Trois ans d’expertises, de séances d’information et de consultations avec des spécialistes ont précédé l’intervention chirurgicale «complexe et lourde de conséquences» qui lui a donné un nouveau corps.

Et voilà qu’elle expose au grand jour les résultats d’une démarche lourde de conséquences. «Le but n’était pas de choquer, mais bien de démontrer le décalage entre ce que les gens perçoivent d’une image corporelle et la réalité qui est cachée, sous l’enveloppe.»

Jadis, quand elle était ronde, ses articulations et son rythme cardiaques étaient peut-être souffrants, son derrière était peut-être trop volumineux pour les bancs de l’université, mais elle avait des amis, des chums, des amants. Aujourd’hui, Maryse est libérée de son surpoids, mais porte néanmoins une tonne et demie de meurtrissures, bien dissimulées sous ses vêtements sexy.

«Lorsqu’un infirmier est venu m’aider à me lever, trois heures seulement après l’intervention, je l’ai regardé, les yeux noyés de morphine, et j’ai dit: «Si jamais un jour quelqu’un vient me dire que c’était la solution facile, je lui CÂLISSE mon poing sur la yeule.»»

La «fabuleuse expérience» de Maryse Deraîche, bien entendu, c’est sa percée fulgurante dans les statuts Facebook et Twitter de centaines de sympathisants à sa cause. «C’est incroyable, tout l’amour et les encouragements que j’ai reçus» Le nouveau fan-club de Maryse Deraîche a trouvé en cette jeune femme au corps prématurément vieilli une poster girl pour une époque où l’obsession du corps n’a d’égale que l’obsession d’être vu, entendu, retwitté…

Symbole d’une époque

Maryse Deraîche – à l’instar de la Britannique Samantha Beck, cette inconnue de 41 ans devenue célèbre après avoir signé un texte dans le Daily Mail sur la jalousie que lui vaut sa grande beauté – est le symbole d’une époque où tout ce qui est «viral» prend spontanément une importance cruciale.

Si ce texte a tant suscité l’attention, c’est que Maryse Deraîche porte plusieurs paradoxes. En même temps qu’elle dénonce l’obsession de la minceur, elle révèle les douleurs et séquelles d’une procédure encore expérimentale. Deux ans après sa chirurgie, la prochaine étape sera la chirurgie esthétique, qui pourrait lui coûter plusieurs dizaines de milliers de dollars.

«Le but n’était pas de choquer», assure Maryse Deraîche qui jure qu’elle ne s’attendait pas à ce que son histoire crée une «aussi grosse vague.»

Un tsunami, plutôt. Qui dérange et repousse les frontières d’une réflexion sur notre rapport trouble à nos corps et à nos miroirs.

source: cyberpresse.ca

————————————————————


source: vimeo

Collaborateurs:

Urbania : urbania.ca
larocquestudio : larocquestudio.ca
Eleiade : eleiade.com
Véro Comtois, conception web : verocomtois.com
Boom fm : boomfm.com

Pour qui désirerait apporter une aide financière à Maryse afin de l’aider à payer ses chirurgies réparatrices, je vous invite à suivre ce lien:
reconstruiremaryse.com


4 victimes et 3 condamnés à vie | plus qu’un fait divers, un crime d’honneur de plus


Rona Amir Mohammad, 50 ans au moment de sa mort

photo: (inconnu)


Zainab Mohammad Shafia, 19 ans au moment de sa mort

autoportrait: Zainab Mohammad Shafia


Sahar Mohammad Shafia, 17 ans au moment de sa mort

autoportrait: Sahar Mohammad Shafia


Geeti Mohammad Shafia, 13 ans au moment de sa mort

photo: (inconnu)

“Il est difficile de concevoir des crimes plus haineux, plus dépravés et déshonorants que les meurtres, dans le cas de Mohammad Shafia, de ses filles et de sa femme; dans le cas de Tooba, de ses filles et de sa co-femme; et dans le cas d’Hamed, de ses soeurs et de sa mère. La raison manifeste de ces meurtres honteux, exécutés de sang-froid, est que les quatre victimes tout à fait innocentes ont offensé votre conception tordue de l’honneur. Une notion fondée sur la domination et le contrôle des femmes, une notion malade de l’honneur qui n’a absolument pas sa place dans aucune société civilisée.”

L’Honorable juge Robert L. Maranger, de la Cour Supérieure de Justice de l’Ontario, s’adressant aux inculpés après que le jury les ait tous trois reconnus coupables de meurtres prémédités et ce, après 3 mois de procès et une quinzaine d’heures de délibération des jurés

————————————-

KINGSTON, Ontario (Canada) – Lorsque la police a reçu un appel le matin du 30 juin 2009 concernant une voiture immergée dans une écluse du canal Rideau, elle a d’abord cru qu’il s’agissait d’un véhicule volé, ou même d’une farce de mauvais plaisants.

Il n’y avait pas moyen de savoir, à ce moment, que la voiture contenait les corps de trois soeurs et celui de la première femme de leur père polygame, les victimes d’un “crime d’honneur” minutieusement préparé mais gauchement exécuté.

Mohammad Shafia, âgé de 58 ans, sa femme Tooba Yahya, âgée de 42 ans, et leur fils Hamed, âgé de 21 ans, ont tous été reconnus coupables, dimanche le 29 janvier, de quatre chefs de meurtre au premier degré dans cette affaire.


Mohammad Shafia, sa femme Tooba Yahya Shafia et leur fils Hamed Shafia

photo: Lars Hagberg


photo: Sean Kilpatrick

La police de Kingston indique qu’il n’aura pas fallu longtemps pour que ses agents doutent de la possibilité improbable qu’il s’agisse d’un accident. Une fois qu’ils eurent tourné leur attention vers les Shafia et commencé à examiner leur dynamique familiale, il est rapidement devenu clair qu’ils avaient affaire à des meurtres.

L’appellation “crime d’honneur” ne viendra que plus tard, quand les enquêteurs auront rencontré la famille, les amis, les petits amis, les travailleurs sociaux et les autorités scolaires, puis ensuite quand ils auront écouté les accès de colère du père Shafia, qui accordait davantage de valeur à son honneur qu’à la vie de ses filles.

Le jour où l’automobile a été découverte dans le canal, le policier Brent White est arrivé sur les lieux vers 10 h 30. Il a tout d’abord pensé à un gag, puisqu’il avait observé le peu d’espace laissé pour qu’une voiture puisse tomber à l’eau.


source: Kingston Police


source: thestar.com

Des plongeurs ont ensuite sauté dans le canal pour examiner la scène sous l’eau, et ont découvert les quatre corps flottant dans la voiture. Ceux-ci seront plus tard identifiés comme étant ceux des soeurs Zainab, âgée de 19 ans, Sahar, âgée de 17 ans, et Geeti Shafia, âgée de 13 ans, ainsi que celui de Rona Amir Mohammad, âgée de 50 ans.

L’affaire s’est soudainement transformée en une enquête sur les décès relevant de l’autorité du coroner, et les policiers ont commencé à récolter des informations, y compris des pièces d’un phare brisé qui deviendraient plus tard la clé de toute l’affaire.


Scène de l’écluse

source: Kingston Police

Au même moment, un couple et leur fils de 18 ans se sont présentés au poste de police de Kingston pour signaler la disparition de trois filles et d’une femme. La famille Shafia, de Montréal (Québec), avait passé la nuit dans un motel de Kingston et, le lendemain, a découvert que les trois filles adolescentes et une femme décrite comme la cousine du père étaient disparues avec leur voiture.


photo: Ivanoh Demers

Les trois affirmaient que leur fille ainée, Zainab, avait pris les clés de la voiture et devait avoir emmené les trois autres pour une promenade au dénouement tragique.

Alors que la police enregistrait les témoignages de Mohammad Shafia, de sa deuxième femme Tooba Yahya et de leur fils Hamed, la Nissan Sentra était retirée des eaux, et une partie des informations découvertes par la police ne correspondaient pas exactement au scénario de l’accident.


Vue partielle de l’écluse

photo: Lars Hagberg


Partie de l’écluse où la Nissan Sentra a été retrouvée sous l’eau, à un angle de 45°

photo: Lars Hagberg


Etroite partie du quai dans laquelle la Nissan Sentra a été poussée par le SUV Lexus

photo: Lindsay Parrish


La Nissan Sentra est retirée de l’eau

source: Canadian Press


source: Kingston Police

Le moteur et les phares de la voiture étaient coupés et la première vitesse était enclenchée, tandis que les sièges avant étaient entièrement abaissés vers l’arrière et que la fenêtre côté conducteur était ouverte. Cela n’indiquait pas immédiatement un meurtre, mais les policiers se sont montrés soupçonneux.

L’angle des sièges rendait la conduite pratiquement impossible, et cela aurait certainement été inconfortable. Même un conducteur sans expérience savait qu’il fallait placer le bras de vitesse en position D pour conduire une voiture à transmission automatique. Et tout indiquait que la voiture était tombée dans l’eau au milieu de la nuit. Pourquoi les phares étaient-ils éteints?


source: CKWS TV

Par ailleurs, comme l’un des plongeurs l’a fait remarquer, pourquoi semblait-il que personne n’ait tenté de s’échapper par la fenêtre ouverte?

La seule possibilité logique, affirmera plus tard la Couronne lors du procès, est que les quatre victimes étaient déjà mortes, tout d’abord noyées puis déposées dans l’automobile pour simuler un accident.

Lors des premières entrevues de la famille avec la police, les Shafia ont dit qu’ils revenaient de vacances passées à Niagara Falls (Ontario) lorsqu’ils se sont arrêtés à Kingston (245 km) pour la nuit. La famille de 10 personnes voyageait dans deux véhicules, une Nissan Sentra et un VUS Lexus. La police a trouvé étrange, pourtant, que le père Shafia, Yahya et Hamed se soient rendus au poste de police dans une fourgonnette Pontiac.


Vue partielle des chûtes de Niagara Falls

photo: Zainab Mohammad Shafia

Hamed a dit qu’il avait décidé de ne pas demeurer au motel cette nuit-là avec sa famille, et était rentré à Montréal pour y récupérer son ordinateur portable et régler des questions d’affaires avec des locataires d’un centre commercial possédé par le père à Laval (couronne nord de Montréal).

Les policiers de Kingston ont appelé leurs collègues de Montréal pour obtenir des informations sur les véhicules et ont été étonnés d’apprendre qu’Hamed avait rapporté le matin même, à Montréal, une collision entre le VUS Lexus et une barrière dans un stationnement quasi désert.

Hamed avait négligé de mentionner ces détails dans son entrevue lorsqu’il a parlé de son retour à Montréal.

————————————-

«Même si on me hisse sur la potence, rien n’est plus cher que mon honneur. Rien n’est plus grand que notre honneur. Fais un homme de toi, ne sois pas une femme. Ta mère est un homme.»

Mohammad Shafia à son fils Hamed, la veille de leur arrestation

————————————-

À la fin du jour 1, la police avait déjà des soupçons, mais il y avait encore un très long chemin à parcourir pour monter un dossier d’accusation contre la famille.

Le lendemain, le détective Steve Koopman, de la police de Kingston, a reçu l’autorisation du père d’examiner le véhicule Lexus et les pièces du phare brisé, provenant prétendument de la collision d’Hamed dans le stationnement, ont été emportées pour analyse. Le policier expert en scènes de crime Rob Etherington était occupé à tenter de reconstruire le phare avec les pièces de la collision à Montréal lorsqu’il a découvert ce qui représenterait le point central de l’enquête.

Les petites pièces de plastique récupérées à l’endroit où la Nissan a été trouvée correspondaient aux morceaux manquants du phare de la Lexus. Toutefois, selon le témoignage de la famille, la Lexus n’avait jamais été sur les lieux cette nuit-là.

source: Kingston Police


photo: Michael Lea

La théorie éventuellement présentée par la Couronne en cour est que les Shafia croyaient que la Nissan transportant les corps plongerait d’elle-même dans le canal si elle était placée en première vitesse, mais que le véhicule à traction avant s’est coincé sur la bordure du canal.

Alors que les roues continuaient à tourner, quelqu’un a plongé la main à l’intérieur par la fenêtre ouverte pour éteindre le moteur, a dit la Couronne, puis la Lexus a été utilisée pour pousser la Nissan jusque dans l’eau, ce qui explique à la fois les dommages à l’arrière de la Nissan et le phare fracassé de la Lexus.


Le SUV Lexus accidenté

source: radio-canada.ca


La voiture de marque Lexus (droite) de la famille Shafia a des traces d’impact qui correspondent à celles sur l’autre voiture, la Nissan (gauche), retrouvée dans le canal Rideau, a indiqué un expert en reconstitution de scènes d’accident de la Police provinciale de l’Ontario

source: radio-canada.ca

Certaines des preuves les plus sensationnelles présentées lors du procès, qui viendraient former la base de la théorie du “crime d’honneur”, ont été recueillies dans les jours précédant l’arrestation des Shafia.

Les policiers ont réussi à installer des micros dans la fourgonnette familiale, et ont entendu le père Shafia et sa femme discuter longuement des risques d’avoir été aperçus sur les lieux du crime.

Le père Shafia a également été enregistré alors qu’il tempêtait contre ses filles mortes, les traitant de prostituées parce qu’elles avaient des petits amis, et lançant “puisse le diable déféquer sur leurs tombes”. Il a lui-même soulevé le concept d’honneur à plusieurs reprises.


Visite des jurés aux écluses de Kingston le 27 octobre 2011

photo: Ian Macalpine


Visite des jurés aux écluses de Kingston le 27 octobre 2011

photo: Ian Macalpine

Sur l’ordinateur portable d’Hamed, les policiers ont été choqués de découvrir que le fils avait effectué une recherche Internet en tapant “Où commettre un meurtre”. Il a également consulté de nombreuses photos de plans d’eau.

ndlr:
“Du 3 au 20 juin 2009, l’ordinateur utilisé par Hamed enregistre des recherches dont: “Est-ce qu’un prisonnier peut avoir le contrôle de ses biens immobiliers?” et “Où commettre un meurtre?”. Pendant tout le mois de juin, des recherches sur les plans d’eau sont effectuées.”
source: cyberpresse.ca

“L’ordinateur a été utilisé pour effectuer des recherches au sujet de plusieurs lacs ou cours d’eau du Québec… [ ] Un policier de Kingston, spécialisé en informatique, a aussi indiqué que des recherches ont été effectuées avec les termes “documentaires sur des meurtres”, “un prisonnier peut-il avoir le contrôle d’un bien immobilier?” et “où commettre un meurtre”.”
source: radio-canada.ca

————————————-

Au final, Shafia, Yahya et Hamed se trouvaient en prison depuis leur arrestation du 22 juillet 2009, et devront y passer au moins 25 années, à compter de cette date, avant qu’ils ne puissent demander une libération conditionnelle.


photomontage: radio-canada.ca


photo: Dario Ayala


photo: Peter McCabe

adapté de l’article d’Allison Jones (Presse Canadienne) publié le 30 janvier 2012