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Robert Skinner

Québec | une crise sociale en images


photo: (inconnu)


photo: Robert Skinner


photo: Olivier Pontbriand


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photo: Patrice Laroche


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photo: (inconnu)


publicité: La Fédération autonome de l’enseignement


photo: (inconnu)


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photo: Jean-Marie Villeneuve


caricature: (inconnu)


photo: Édouard Plante-Fréchette


photo: Olivier PontBriand


photo: David Widgington


photo: Valerian Mazataud


photo: (inconnu)


photo: Édouard Plante-Fréchette


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photo: (inconnu)


photo: Jean-Marie Villeneuve


photo: Édouard Plante-Fréchette


photo: Mathieu Breton


photo: (inconnu)


photo: Édouard Plante-Fréchette


De la jeunesse et la répression… | un témoignage troublant


photo: Robert Skinner

Témoignage écrit par Xi Sophie Zhang :

“À plusieurs reprises, les gens ont témoigné sur la brutalité policière et la couverture biaisée des médias. J’y ai toujours cru, mais hier soir, j’en ai eu la preuve incontestable.

Entre 21h et 1h, assise avec une camarade de classe, mon chum et quatre amis dans le café L’Escalier qui fait face au parc Émilie-Gamelin, nous avons été témoins d’une scène terrifiante!!!!!!!!

À travers les fenêtres, nous observions le jeu du chat et de la souris décrit dans les médias : des manifestants s’enfuyant au son des bombes assourdissantes et sur leurs pas, les policiers, des anti-émeutes et la Sûreté du Québec. Alors qu’on prenait une bière en dansant la salsa, l’air s’est épaissi plus d’une fois de poivre de cayenne, faisant tousser soudainement tous les clients du café.

Puis, un silence horrifié autour de la table. 1ère scène sur le trottoir du parc. Un manifestant s’enfuit vers le métro. Des policiers le pourchassent. Un 1er agent à vélo le renverse en pleine course. Un 2è lui rentre dedans avec son vélo. Les autres lui sautent dessus et l’arrêtent de la façon la plus brutale imaginable. 2è scène sur le même trottoir. Un autre manifestant en fuite. Un agent arrive derrière lui. BANG, coup de matraque derrière le cou. Il chute brutalement. Un 2è agent soulève son vélo au-dessus de l’homme qui gît maintenant à terre. PAF PAF PAF. Des coups de bicyclette sur le corps immobile.

Une demie heure plus tard, il y a toujours 10 policiers qui l’encerclent. Tout le monde dans le café se demande « pourquoi est-il encore sur le sol? ». Les agents ont l’air nerveux. Ils demandent à un journaliste de ranger sa caméra. Des passants s’approchent, mais restent en périphérie de la scène. Un policier particulièrement enragé leur crie de dégager et les pousse avec force. Il fait presque tomber à la renverse 2 ou 3 observateurs. C’est de la pure provocation.

Les minutes passent. Le 2è manifestant arrêté est toujours couché. Les observateurs se font de plus en plus nombreux. Finalement, l’ambulance arrive et on comprend. Ils l’ont sévèrement blessé. On voit les paramédicaux lui mettre un collier cervical et l’emporter sur une civière. La foule rage. Une fille s’approche des policiers, crie, pointe, leur montre le doigt. Du café, on n’entend pas ses mots, mais on voit son émotion. On se demande si elle est amie ou parente du blessé et on se dit qu’on réagirait exactement comme elle si ça nous arrivait.

La salsa est finie. On sort du café et on s’approche du lieu de l’incident. Des flaques de sang sur le trottoir où l’homme a été abattu. Notre groupe d’amis, loin d’être tous des carrés rouges, frissonne de peur et de dégoût. L’une d’entre nous a des larmes aux yeux. Ça donne mal au coeur. On se demande tous comment la manifestation sera rapportée dans les médias le lendemain.

Sans grande surprise, ce matin je lis dans La Presse : « Dans le chaos, ce ne sont pas moins de 305 personnes qui ont été arrêtées et une dizaine blessées, dont une gravement. Il s’agit d’un homme d’une quarantaine d’années qui a été blessé à la tête alors qu’il était appréhendé au square Berri. Les policiers venaient de se faire attaquer lorsqu’ils ont chargé, selon un porte-parole. » Dans le Devoir : « On rapporte pour hier un blessé grave à la tête, mais on ne craindrait pas pour la vie du manifestant. » À Radio-Canada : rien sur l’incident en question.

C’est tout. Les policiers ont été provoqués. Le gars ne va pas mourir. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Mais des questions restent sans réponse. Pourquoi arrêter les manifestants (dont la « violence » se résume, 99,9% du temps, à du vandalisme et des altercations avec les policiers, et non à de la vraie violence envers les personnes) en utilisant une force qui pourrait tuer ou rendre paraplégique? Pourquoi frapper sur une personne déjà à terre? Pourquoi agresser les observateurs qui ne dérangent pas, à moins d’avoir quelque chose à cacher? Et surtout, pourquoi dans la presse ne parle-t-on jamais des motifs et du déroulement des arrestations, seulement de la casse qui “justifie” la brutalité?”

source: Facebook / Karine Bériault

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“Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort.”

François Mitterrand
Discours à l’Assemblée nationale, 8 mai 1968


Québec | Enfin une révolution sociale dans la Belle Province


source: lecoindefranie.centerblog.net

par Jean Barbe, écrivain, éditeur et journaliste chroniqueur
Le Monde
15 mai 2012

Depuis quatorze semaines, plus du tiers des étudiants du Québec sont en grève et manifestent par milliers, paralysant les rues de Montréal tandis que klaxonnent les automobilistes coincés dans leur voiture et que des citoyens du haut de leurs balcons agitent le fameux carré rouge, symbole du mouvement. L’augmentation de 75 % des frais de scolarité sur cinq ans ne passe tout simplement pas.

Le gouvernement du Québec, dirigé par le premier ministre Jean Charest, ne s’attendait pas à une telle résistance. Il croyait rééditer son coup de 2005, date de la précédente grève étudiante, et semer la discorde entre les associations étudiantes pour réussir à écarter des négociations la plus revendicatrice d’entre elles, la Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante (la Classe), et s’entendre avec les deux autres.


source: ginfis.canalblog.com

Mais cette stratégie a fait long feu. Des Québécois de toutes allégeances et de tous les milieux se sont levés pour appuyer les étudiants tandis que d’autres, soupçonneux de cette élite en devenir, réclament un rapide retour en classe.

Depuis, la situation pourrit.

Le gouvernement formé par le Parti libéral, dont l’histoire récente a été entachée de soupçons de malversation, de corruption et de complaisance envers de grandes entreprises étrangères (à qui l’on s’apprête à brader les ressources minières et forestières du Grand Nord québécois dans le cadre du “Plan Nord” engagé par le premier ministre), voyait, depuis des mois, les sondages montrer un taux d’insatisfaction à son égard dépassant les 70 %.


photo: Lord Eihwaz

Assuré de perdre les prochaines élections, prévues avant la fin 2013, il a sauté sur l’occasion pour tâcher de se relancer en faisant preuve d’une fermeté qu’on ne lui connaissait pas et en réprimant le mouvement de manière musclée.

Le premier ministre a refusé pendant dix semaines de négocier avec ceux qu’il appelle des “enfants rois” ne voulant pas payer leur “juste part”. Puis, à la onzième semaine du conflit, il a convoqué les leaders étudiants pour concocter un plan de sauvetage.

Mais ses offres ont été massivement rejetées par les assemblées générales étudiantes, à hauteur de 80 % de leurs membres. Ce sont maintenant les tribunaux qui se chargent de mettre de l’ordre.


photo: Robert Skinner

En apparence, du moins, puisque certains réclament auprès des juges des injonctions personnelles ordonnant aux directions des collèges et facultés d’offrir les cours auxquels ces étudiants “ont droit”, tandis que d’autres continuent de faire grève et les empêchent d’entrer. Droit individuel contre droits collectifs.

Ces injonctions prévoient de fortes amendes aux contrevenants et même des peines de prison. C’est donc escortés de policiers que certains étudiants se rendent à leurs cours, devant des professeurs médusés et contraints d’enseigner la démocratie à ceux qui la nient.

Pendant ce temps, les fractions les plus radicales du mouvement étudiant s’impatientent et commettent des actes qui les isolent. Quatre bombes fumigènes placées dans le métro ont paralysé la circulation à Montréal pendant deux heures le 10 mai. Tout de suite, de manière quasi miraculeuse, des photos de suspects ont été diffusées par la police et relayées par la presse. Des accusations de méfaits et de simulation d’acte de terrorisme seront déposées contre eux.


source: ssjbmauricie.qc.ca

Terrorisme. Le mot est lâché. Ce n’est pas rien. Comme disait Robert Charlebois : ” A soir, on fait peur au monde !”

Déjà, au début du conflit, le gouvernement libéral avait tenté de discréditer le mouvement de grève en parlant de boycott. Jamais, dans toute l’histoire du Québec, cela ne s’était produit.

Jamais on n’avait remis en question la légitimité des assemblées générales étudiantes. Jamais on n’avait voulu briser le lien qui unit les étudiants et les étudiantes d’un même collège, d’une même université, et cet exercice démocratique qui en est l’expression.


source: milieetgex.blogspot.ca

C’est cette négation de la démocratie étudiante qui a envenimé un conflit qui s’étend maintenant bien au-delà de la stricte augmentation des frais de scolarité. Car il apparaît qu’au Québec, la démocratie n’appartient qu’à ceux qui détiennent le pouvoir, et pas à ceux qui le contestent.

Ainsi ceux et celles qui refusent de livrer le Québec à la rapacité néolibérale ont joint leurs voix à celle des étudiants. Même des manifestations d’ampleur historique ne sont pas parvenues à ébranler le gouvernement, qui tentera bientôt de se poser en “sauveur de l’ordre” en maîtrisant, par la force s’il le faut, ce chaos social dont il est en grande partie responsable.

Et voilà le Québec déchiré en deux. Nous en avions l’habitude, depuis près de quarante ans. Mais cette déchirure avait plutôt pour cause ce qu’il est convenu d’appeler “la question nationale “, entre défenseurs de l’unité canadienne et partisans de l’indépendance du Québec. Ce débat nous a fait oublier que nous pouvions nous battre pour autre chose.


source: radio-canada.ca

C’est que le Québec n’a jamais vécu de véritable révolution. Il en avait fait l’économie. Au Québec, semblait suffire une “révolution tranquille”, comme on en est venu à désigner la période de modernisation accélérée qu’a connue la Province au cours des années 1960. Elle aurait suffi, si nous étions allés au bout de nos idées. La gratuité scolaire était d’ailleurs l’un des principaux objectifs affichés.

Mais ces idées ont été détournées. De l’éducation gratuite à la nationalisation de nos ressources naturelles, de ce filet de protection sociale à cette volonté d’égalité des chances, les Québécois ont vu les adeptes du néolibéralisme lentement mais sûrement désosser ce projet jusqu’à ce qu’il ne ressemble plus qu’à ces fameuses “enveloppes brunes ” employées pour distribuer des pots-de-vin, comme le laissent entendre de récents scandales qui lieraient le secteur du bâtiment au Parti libéral.


photo: (inconnu)

La grève étudiante se réglera, d’une manière ou d’une autre, sans doute au détriment de ceux qui se sont le plus investis dans ce mouvement historique. Mais même si les étudiants retournent bientôt en classe, ils auront suffisamment secoué le cocotier québécois pour que, dans les années à venir, les choses ne soient plus tout à fait pareilles. Des politiques injustes n’en restent pas moins injustes parce que les gens “en ont assez”.

La colère s’est implantée dans de nombreux coeurs. Les étudiants, les médias, les responsables politiques, les voisins, les frères et les soeurs, tous ont dû prendre parti et afficher leurs couleurs. Voilà qui ne s’oubliera pas de sitôt. Les Québécois s’impatientent et réclament de pouvoir de nouveau discuter collectivement de leur avenir et de leurs valeurs, qui ne sont peut-être pas exactement celles du libre marché. Ça risque de brasser !

Jean Barbe est l’auteur de plusieurs romans, dont “Comment devenir un Ange” (Actes Sud Leméac, 2006), “Comment devenir un monstre” (Actes Sud, 2007) et “Le Travail de l’huître”, (Leméac, 2008).


Quand les infrastructures s’en vont chez le diable…


photo: Pam Panchak

En 2005, près de Pittsburgh (États-Unis), la poutre d’un pont d’étagement au-dessus de l’autoroute I-70 a cédé à cause de la corrosion. Une femme et deux enfants ont miraculeusement survécu après avoir percuté ces 120 tonnes de béton.


photo: Robert Skinner

En 2000, à Laval (Québec), une poutre d’une soixantaine de tonnes se détache du viaduc du Souvenir et s’écrase sur une voiture qui roulait sur l’autoroute 15, tuant un homme et en blessant deux autres.
photo: Joshua Adam Nuzzo

En 2007, à Minneapolis (États-Unis), l’effondrement d’un pont a fait 15 morts. Sa conception était déficiente et des travaux l’avaient soumis à une charge excessive.


photo: David Boily

En 2006, encore à Laval (Québec), le viaduc de la Concorde s’effondre sur l’autoroute 19, tuant cinq personnes et en blessant six autres grièvement.


photo: Michael Dwyer

En 2006, à Boston (États-Unis), un panneau de 3 tonnes a écrasé une voiture qui traversait le Central Artery Tunnel. L’entrepreneur l’avait mal collé au plafond. Peu après, les lampes du tunnel se sont mises à chuter.


photo: Pedro Ruiz

En 2011, à Montréal (Québec), un paralume de 25 tonnes s’effondre dans le tunnel Ville-Marie. Aucune victime, heureusement.


source: Reuters

En mars 2001, au Portugal, un pont s’effondre: 59 personnes périssent.


source: Reuters

Le 25 avril 2006, une personne est morte et cinq ont été blessées, dont l’une grièvement, quand un pont d’étagement s’est écroulé dans l’ouest du Danemark.


photo: André Tremblay

A Montréal (Québec), on veille au grain…