mon regard sur notre monde / pour des éléments d'exploration, d'information et de réflexion

Réflexion sur le burn-out…


photo: Bernard Brault

Que faire en cas de burn-out?

texte de Jacques Languirand
chronique du 8 février 2000

La semaine dernière, en première page du quotidien Le Devoir, on pouvait voir ce titre qui s’étalait sur presque toute la largeur de la page : ” Le burn-out est responsable de 40 % des absences des enseignants “. C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup parce que j’ai fait moi-même un burn-out et surtout que j’ai profité de cette chute dans le vide pour m’informer sur la question et commettre un ouvrage qui a paru il y a plusieurs années. Il est probablement aussi épuisé que la plupart des gens qui ne l’ont pas lu…Peu importe, je ne suis pas là pour vous vendre de la salade et encore moins un livre, mais pour vous dire que c’est une question qui m’intéresse beaucoup.

  • Contribuer à changer le monde

Que faire en cas de burn-out? D’abord, savoir s’il s’agit bien d’un burn-out, et ça c’est extrêmement difficile parce que la notion de burn-out est devenue un fourre-tout. Je le reconnais volontiers. Mais si on ne se sent pas bien dans sa peau, si on se sent sur le bord d’une dépression, etc., il faut faire quelque chose. Oui mais quoi? Changer le monde! Un détail, vous me direz. Alors je dirais : contribuer à changer le monde, si vous préférez, ou alors changer son propre comportement, ses attitudes, etc., c’est-à-dire se changer.

Dans les cas extrêmes, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide, car l’épidémie est réelle, comme en témoigne cet article de Marie-Andrée Chouinard, paru dans Le Devoir du 2 février dernier.

Je me souviens que le premier symptôme de burn-out que j’ai reconnu chez moi c’était un sentiment d’écœurement. Il n’y a pas de meilleur mot pour définir ça. Ce n’est évidemment pas la nouvelle de la publicité des eaux gazeuses rendue à l’école qui va vous donner une opinion positive sur notre civilisation en commandite…

Les valeurs, on y revient toujours à cette question. J’ai retenu à ce sujet l’opinion de Bruno Bettelheim qui parle de sociétés de masse. Nous vivons dans une civilisation qui se définit comme des ” sociétés de masse à tendance totalitaire “, c’est-à-dire avec un seul grand système de valeurs, une seule obsession. Laquelle?

L’argent, l’économisme qui explique tout et n’explique rien. C’est en quoi notre société est totalitaire, car elle n’a qu’une explication à nous fournir du fonctionnement de la collectivité et de celui des individus au sein de cette collectivité. D’où peut-être l’écœurement ressenti par certains et la difficulté d’être également, si vous me permettez cette formule employée par Jean Cocteau, qui en avait d’ailleurs fait le titre d’un de ses livres : La difficulté d’être.


photo: Luis Mallo

  • Distraire le mental : la Movie Therapy

Je rencontrais aujourd’hui même en venant à Radio-Canada un jeune homme fort sympathique qui m’a parlé un peu de lui, et j’ai vu, à ce qu’il m’a dit – d’une façon un peu superficielle sans doute – qu’il se trouvait un peu comme dans un état de mal-être, quelque chose comme un burn-out peut-être. La première idée qui m’est venue à l’esprit a été de lui dire de cesser d’être à l’écoute de son mental et de se distraire.

Comment faire pour se distraire de son mental? Après avoir toute ma vie beaucoup travaillé à me poser cette question, j’ai trouvé récemment une solution que, pourtant, j’avais appliquée moi-même pendant des années : aller au cinéma. Laissez-vous raconter des histoires.

Mais, je le répète :
si vous sentez que ce mal-être que vous éprouvez arrive à son extrême, n’hésitez pas à demander de l’aide.

Récemment, j’ai découvert un article paru dans le Psychology Today dans lequel justement on faisait état de la Movie Therapy. Il s’agissait ici de suggérer des films à voir ou à louer chez soi dont les thèmes pouvaient correspondre au vécu de l’individu ou qui pouvaient peut-être répondre à ses attentes, s’inscrire d’une certaine façon dans son vécu, etc. Il y a toute une liste de films que l’on suggère. Tant mieux si vous pouvez comme ça parvenir à trouver des films qui correspondent à votre situation et qui peuvent vous aider – à votre situation ou non, également.

Par exemple, moi, j’adore me faire raconter des histoires de héros, parce que forcément j’essaie un peu de m’identifier à ce héros quand je le vois qui s’en tire, qui finit par tuer le dragon (ce qui me peine toujours un peu parce que j’ai un faible pour les dragons) ou en train de séduire les jeunes filles.

James Bond est excellent pour se changer les idées :
je trouve qu’il n’a pas vieilli de ce point de vue-là.

Sean Connery, lui, a vieilli cependant; après tout, il est de mon âge, il faut bien que ça commence à paraître un peu. (Languirand taisez-vous et ne faites pas de comparaison avec Connery!) C’est dur la vie des fois…


photo: Amanda Friedman

  • Érotiser sa vie

En somme, il faut changer ses comportements, ses attitudes
et il faut aussi faire appel à ce que j’appelle ” l’enfant-thérapeute ” :
le jeu, l’exploration.

Certains exercices ou d’autres occupations plates (obligatoires, mais plates), comme l’expérience tactile…

  • Se lever tôt pour faire des exercices… (Ouach!)
  • Avoir un contact régulier avec la nature également; car il est évident qu’un contact régulier avec la nature est nécessaire pour vivre harmonieusement. Le saviez-vous? Si vous ne le saviez pas, vous avez perdu bien du temps. Vous n’aviez qu’à écouter l’émission Par 4 chemins avant aujourd’hui. On a parlé de ça tout le temps depuis qu’on est là.
    • L’exercice devrait le plus souvent être pratiqué dans la nature : le meilleur exercice c’est la marche, rapide autant que possible, relativement en tous les cas.
    • Toucher la matière, la transformer, l’interaction de la main et du cerveau – un truc important : le bricolage, par exemple. Justement, dans les états de mal-être que j’ai traversés j’ai beaucoup fait la cuisine, en toute modestie je le précise. Ça été pour moi une pratique salutaire. C’est peut-être moins efficace pour les femmes qui bien souvent associent la cuisine à une fonction parentale mais, dans mon cas, ça été utile de tripper dans les légumes, de faire cuire tout ça, etc.
    • Érotiser sa vie, par exemple.
    • Et puis, vivre dans le concret. Jungparle de l’abstraction comme du plus grand piège pour la civilisation occidentale. Autrement dit, vivre le concret non seulement par l’exercice tactile, mais aussi définir une nouvelle attitude par rapport au corps en passant par une interaction dynamique avec la nature et la matière. C’est ce qu’on appelle érotiser la vie. Quel beau programme!
        1. Il y a évidemment au plan physique et matériel, où l’objet est la survie, les besoins primaires : sécurité, bien-être, plaisir.
          Ça m’attriste toujours beaucoup de voir des gens qui ne sont pas capables de satisfaire des besoins de base comme manger et dormir sous un toit. Je pense aux sans-abri. Pour eux, c’est essentiel de trouver à satisfaire le besoin primaire qui est celui de survivre.
        2. Ensuite, au plan psychologique, il y a les besoins secondaires : dans la vie professionnelle, dans le domaine de la réalisation, que l’on satisfait par une certaine compétence; et dans la vie personnelle, dans le domaine de l’amour, par la recherche d’une certaine considération. Le sens de la vie, également.

      Il faut trouver une certaine cohérence dans la vie,
      et l’objet poursuivi à ce niveau-là, c’est
      l’estime de soi.
      Or, cela vient de l’extérieur, en partie,
      mais surtout des attitudes que l’on a par rapport à ce qui nous vient de l’extérieur.

      1. Le troisième niveau est celui du dépassement de soi, de l’actualisation du Soi, une belle formule qui veut dire que l’on tend à quelque chose de supérieur à soi; quelque chose que l’on porte en soi et qu’il faut tenter de découvrir, d’éprouver, de flairer, si je puis dire.
      • Évoluer
      • Voir à satisfaire ses besoins

Poursuivre sa croissance est également important. J’ai observé que beaucoup de gens qui sont aux prises avec ce qu’on va appeler le burn-out faute de mieux, parce que c’est devenu un fourre-tout, alors il faut se méfier un peu de cette étiquette et surtout ne pas donner dans la victimite– avaient interrompu leur croissance, pour ainsi dire. J’entends par là qu’il faut tenir compte de son âge et non pas de celui qu’on avait à telle ou telle époque.


photo: (inconnu)

Soyez de votre temps de vie.

Généralement, on arrive à la quarantaine avec l’impression qu’on n’a pas atteint nos objectifs, que la vie nous a trompé, qu’on a été floué, etc. et c’est souvent un facteur de mal-être qui va alimenter ou provoquer un burn-out, dans certains cas. Il faut se demander à quelle étape de sa vie on se trouve. Il faut être de son temps, du temps de sa propre vie, pour qu’il y ait une adéquation entre soi et le temps de sa propre vie. À ce moment-là, il me semble que ça nous permet de mieux nous retrouver… non pas comme on était avant mais conscient de ce qu’on n’est plus à une étape précédente, conscient également qu’on ne se pose plus les questions qu’on se posait à 20 ans, de voir qu’un bout de chemin a été fait depuis, etc.

Je parlais de la quarantaine, mais ça peut survenir à la cinquantaine, et même plus tard. Il y a une question de dépassement dans la vie et, à un moment, ce dépassement se retrouve dans la croissance, parce qu’on est en transformation constante au cours de la vie, et avec l’Univers aussi d’ailleurs, auquel chacun participe. À ma connaissance, les chiens font rarement un burn-out et c’est peut-être parce qu’ils ne se posent pas de questions sur le sens de la vie. Par contre, en tant qu’êtres humains, c’est ce qui nous est demandé et cela peut donner lieu à des états de crise. Mais il faut nécessairement faire d’une crise de la vie un choix (crise, je le rappelle, vient du grec crisis qui signifie choix).

Il y a des besoins autres à satisfaire quand l’âge n’est plus ce qu’il était.

Il existe une hiérarchie de besoins que l’être humain engagé dans un processus de transformation doit trouver à satisfaire pour vivre pleinement sa vie.

Il en a été question souvent à l’émission mais ce n’est pas mauvais de revenir là-dessus, c’est un classique : l’illustration de la satisfaction des besoins selon l’échelle de Maslow. On lui avait demandé, à cette époque, de mettre la psychologie non pas au service des gens qui sont malades, mais aussi des gens qui se portent bien et ont simplement des difficultés quotidiennes comme nous en avons tous; c’était d’ailleurs le souhait de Abraham Maslow. On lui a demandé aussi de nous éclairer sur les motivations que les gens ont dans la vie. Alors, il est arrivé avec cette échelle des besoins car, pour lui, les motivations se trouvent dans les besoins à satisfaire. Il faut préciser qu’on n’a pas toujours les mêmes besoins à satisfaire.

Arnaud Desjardins disait : ” Un jour vient où nous faisons cette découverte fondamentale que la vie avec ses plus grandes joies et ses plus terribles souffrances n’était pas le fin mot de la réalité, que quelque chose restait à découvrir. ” La vie, c’est toujours à suivre…

photo: (inconnu)


Jacques Languirand (né en 1931 à Montréal) est animateur de radio, dramaturge, écrivain, animateur de télévision, comédien, journaliste, réalisateur, metteur en scène, professeur de théâtre, professeur de communication à l’université (a mené en parallèle des études sur le syndrome d’épuisement professionnel ) et producteur québécois. Autodidacte, touche-à-tout, polyvalent et encyclopédique, il est connu pour les pièces dramatiques qu’il a écrites, mais surtout en tant qu’animateur de radio. En 2010, son émission “Par 4 chemins”, diffusée sur les ondes de Radio-Canada, a eu 39 ans. Celle-ci est entrée en ondes le 13 septembre 1971.

Nous mettons en ligne ce texte sur le burn-out afin d’aider à faire connaître, principalement dans les pays francophones, le résultat des lectures et recherches de M. Languirand. Communicateur hors du commun pour qui le connaît, ses écrits sont destinés à améliorer le niveau de nos connaissances ainsi que notre bien-être personnel et collectif.

2 responses

  1. je suis si mal que je n’arrive pas a trouver la solution pour que je puisse retrouver des sensations de vivre, de sourire, de ressenti ..J’ai 69 ans et plus je vieillis , je suis une femme vivante sans vie .Je n’ai plus envie de me battre , je me couche la journée , ect……plus rien m’interresse , ma vie depuis ma naissance a ete un enfer.
    personne ne peut rien faire pour moi , je suis un fardeau m’a dit il y a 8 ans un therapeute.
    en plus vivant sans argent aucune personne ne m aidera si je le desirais car je ne voudrais pas mendier comme j’ai fait pour manger ect pendant des annees!!!!
    voila un peu de mon histoire..merci d’avoir accepter de me lire
    Josiane

    20 January 2012 at 19:00

    • citizenzoo

      Bonjour,

      J’ai mis en ligne cette réflexion afin d’aider à démystifier le burn-out et pour donner des pistes de solution afin d’en sortir. Je ne peux que vous encourager à relire ce texte et à en lire d’autres qui vous aideront à trouver votre propre voie de guérison qui, j’en suis assuré, est quelque part en vous. Je compatis à votre douleur et vous souhaite la meilleure des chances dans cette quête. N’oubliez pas que l’espoir est le meilleur outil que vous puissiez avoir pour améliorer votre vie, et ce, peu importe votre âge.

      citizen zoo

      21 January 2012 at 02:21

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